| J'ai deux casquettes, celles de créateur
de jeu et de professeur de lycée, et cela me vaut régulièrement
des sollicitations pour travailler sur des "jeux éducatifs"
ou pour parler sur le caractère éducatif du jeu. J'ai toujours
décliné la première offre, et s'il m'arrive parfois
d'accepter la seconde, c'est pour tenir des propos qui ne sont pas ceux
attendus d'un enseignant créateur de jeu, et qui vont à
l'encontre de la mode du "ludo-éducatif".
Je tiens en effet le jeu éducatif pour un oxymore,
comme le montre d'ailleurs fort bien le fait que les meilleurs jeux ne
prétendent rien de plus qu'être des jeux, et que les jeux
qui se veulent éducatifs sont généralement d'un intérêt
ludique extrèmement limité. La volonté de faire des
jeux éducatifs part de l'hypothèse - en partie discutable,
d'ailleurs - que les djeuns n'aiment pas apprendre, mais qu'ils aiment
tous jouer. On va donc les faire apprendre en leur faisant croire qu'ils
jouent. C'est oublier d'une part que personne, pas même un djeuns,
n'apprécie d'être pris pour un con, et d'autre part que gratuité
et vanité sont des composantes essentielles du jeu. Si l'on joue
dans un but autre que se faire plaisir en s'immergeant dans le jeu, on
ne joue plus vraiment, et le plaisir a tôt fait de disparaître.
Si l'on croit apprendre sans travailler, on se fait de confortables illusions.
Alors, bien sûr, on entraîne sa mémoire
en jouant au memory, et l'on apprend les probabilités en jouant
au poker. Il reste que si l'on fait un memory pour entraîner sa
mémoire, ce n'est plus un jeu, et qu'apprendre les probabilités
avant de se mettre au poker semble plus judicieux que l'inverse. Alors
de grâce, messieurs les pédagogues, laissez les joueurs jouer
avec des jeux pour jouer, et laisser les apprenants apprendre pour apprendre.
(Novembre 2004)
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I wear two hats, those of
game author and high school teacher, and I am therefore often requested
to design "educational games" or to talk about the educational
use of games. I've always turned down the first proposal, and if I sometimes
accept the second one, I usually don't tell what is expected from a teacher
- game author.
I think that "educational game"
is an oxymoron - the best proof being that the best games don't pretend
to be anything else than games, and that the so-called educational game
are usually not very exciting as games. The demand for educational games
is due to the ideas, which can both be discussed, that youth don't like
to learn, but that they all like to play games. So we'll make them learn
while thinking they are only gaming. This cannot work, because youth,
no more than you and me, don't like to be taken for fools, and because
futility and uselessness are an essential characteristic of a game. If
you don't play a game just for the sake of gaming, just for fun, you don't
play at all, and there's no fun more. If you think you can learn without
working, you're just fooled - and probably fooled by the ones who are
actually working.
Of course, you improve your memory with
playing memory, and you learn probabilities when playing poker. On the
other hand, if you play memory just to improve your memory, it's no more
a game, and it would probably be more clever to learn some probabilities
before playing poker.
(November 2004)
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