Mes jeux de l'année
2007
et pas mal d'autres recommandations ludiques
My 2007 game of the year
and many more recommended new games
Les vainqueurs
The winners
Quand ?
Parce qu’en France la véritable année
n’est pas l’année civile mais l’année
scolaire, j’ai pris l’habitude de décerne mon «
jeu de l’année » non pas en janvier ou février,
mais fin juin ou début juillet, qui se trouve aussi être
la période où est décerné le seul prix ludique
réellement influent, le Spiel des Jahres allemand. Le pli étant
pris, je m’y tiendrai. Pourtant, si je devais lancer mon prix
aujourd’hui, je choisirai sans doute le moins de novembre, afin
de coïncider avec les principaux prix littéraires, puisque
la nature quasi-littéraire du jeu de société est
un thème qui me tient à cœur. |
When ?
In France, the only real year is not
the civil year but the school one, so I’ve got used to award my
own “game of the year” award in late June or early July
and not in January or February. Incidentally – well, more or less
– it happens to be also the time when the only really influent
game award, the German Spiel des Jahres, is awarded. I’ve started
this way, so I’ll keep on with it, even when, if I were to decide
now when to give it, I would probably choose November, to have it coincide
with the main French literary awards, the cultural nature of games being
something I’d like to emphasize. |
Les autres que j'ai sérieusement
envisagé à un moment ou un autre
The other shortlisted ones
|
| Dix
finalistes, deux vainqueurs
Une fois encore, le choix du jeu qui m’a
le plus marqué cette année a été assez difficile.
J’ai commencé par reprendre l’ensemble des nouvelles
entrées de la ludothèque idéale pour voir celles
qui m’avaient le plus impressionné, laissé le souvenir
le plus fort. Cette première sélection a laissé
huit jeux – Invasions, Battlelore, Les Piliers de la Terre, Zooloretto,
Jenseits von Theben, Der Markt von Alturien, Taluva, Gloria Mundi et
Gift Trap – qui tous auraient sans doute pu devenir mon jeu de
l’année. Si j’ai retenu finalement Invasions et Gift
Trap – sans pouvoir les départager - ce n’est pas
nécessairement parce qu’ils sont meilleurs, mais parce
qu’ils sont plus originaux, plus novateurs, plus annonciateurs
j’espère de nouvelles tendances sympathiques – des
jeux plus jolis, plus thématiques, plus amusants et plus méchants.
|
Ten
finalists, two winners
Once more, it has been
difficult to choose the game that most deserved to have attention drawn
to it. I’ve started with a survey of all new entries in my ideal
game library since last summer, and selected seven games – Fire
and Axe, Battlelore, The Pillars of the Earth, Zooloretto, Jenseits
von Theben, Der Markt von Alturien, Taluva, Gloria Mundi and Gift Trap
– which were worthy of the award. I finally singled out two of
them (single out two? can you say this? It sounds funny), Fire and Axe
and Gift Trap, without being able to decide between them. I’ve
not chosen these two ones because they are necessarily better than the
other ones, but because they are more original, more refreshing, and,
I hope, the forerunners of new nice trends in the game worlds –
trends toward gorgeous bits, strong theme, fun and nastiness. |
| |
|
| Les
tendances
Du matos
Invasions est une réédition de Viking Fury, un jeu des
Ragnar Brothers. dont je n'avais même pas, à sa parution,
acheté l'édition originale au matériel et au graphisme
d'une décourageante médiocrité. C'est le remarquable
travail d'illustration et d'édition de l'équipe d'Asmodée
qui lui a donné toute sa dimension, et me l'a fait remarquer.
Ce souci de la qualité des illustrations et du matériel
est l'une des tendances les plus notables, surtout mais pas seulement
pour les gros jeux. Battlelore, Colosseum ou Les Piliers de la terre,
mais aussi des jeux plus modestes comme Gift Trap, Jenseits von Theben,
de Cape et d'épée, Taluva ou Burg Appenzell, pour ne citer
qu'eux, bénéficient, eux aussi, d'éditions soignées
et irréprochables. Même si ce n’est bien sûr
pas là l’essence d’un jeu, cela ajoute encore au
plaisir de jouer.
Du thème
Au mois de décembre dernier, mon éditorial un peu anecdotique
sur les vikings a été assez remarqué dans le microcosme
ludique. Parmi les jeux de vikings que je citai alors, Invasions s'est
avéré sortir clairement du lot par la prégnance,
la justesse et la sophistication de son thème. J'aurais pourtant
pu ne pas limiter mon propos aux seuls vikings puisque, de manière
plus générale, les jeux au thème fort, original
et bien rendu, que celui-ci soit traité avec un sérieux
documentaire comme dans Canal Mania, avec un lyrisme cinématographique,
comme dans Jenseits von Theben ou Invasions, ou avec un décalage
humoristique comme dans Colosseum ou Gloria Mundi, font un retour en
force. Ce retour attendu est largement le résultat du fructueux
métissage à l'oeuvre entre les écoles de création
allemande et anglo-saxonne, métissage dont je me flatte d'avoir
été l'un des précurseurs.
Du fun
Invasions et Gift Trap sont tous deux, bien que par des procédés
très différents, des jeux particulièrement amusants.
L'humour de Gift Trap, ou de Petits Meurtres et Faits divers, est certes
dans les cartes figurant les cadeaux que l'on doit offrir aux autres
joueurs, ou dans les affaires criminelles à base de jeux de mots
foireux, mais il est surtout dans les mécanismes même du
jeu qui encouragent l'interaction et les plaisanteries plus que l'investissement
stratégique, et en font des jeux particulièrement bruyants.
Si Gloria Mundi et Colosseum, ou même Invasions et Battlelore,
sont amusants à jouer, ce n'est pas dû à leurs mécanismes,
qui demandent à être pris avec le plus grand sérieux
pour que le jeu puisse fonctionner, mais à leurs thèmes
traités dans un esprit baroque, plus fantasmatique ou humoristique
qu'historique.
De la méchanceté
Et puisqu'il n'y a rien de plus fun que de se foutre sur la gueule,
du moins dans l'univers réglé et inoffensif du jeu, je
tiens à saluer ici encore le grand retour de la méchanceté,
de l'agressivité ludique. Habituelle dans les gros jeux de baston
à l'anglo-saxonne, comme Invasions ou Battlelore, elle est aussi
très présente dans des petits jeux de cartes comme de
Cape et d'Epée ou Relikt. Surtout, elle fait un retour dissimulé
mais assez violent dans le jeu de plateau à l'allemande, plutôt
habitués au chacun dans son coin sur son petit plateau. On ne
se tire certes pas dessus à la mitrailleuse lourde dans Zooloretto,
Gloria Mundi, Balam, Alturien ou Taluva, mais les occasions n'y manquent
pas de faire des coups de pute à ses rivaux. Et ce n’est
surement pas par hasard non plus que le fabuleux Ave Caesar est réédité
cette année.
S'il fallait un dernier argument pour souligner
la force de ces tendances, ce serait sans doute la discrétion
avec lesquels les deux gros jeux publiés par les deux éditeurs
allemands de référence, Alea et Hans im Glück, ont
été acueillis. Notre Dame et Wikinger, auxquels je n'ai
pas eu l'occasion de jouer, sont de l'avis général de
bons jeux, mais ils ne sont ni très méchants, ni très
jolis, et leurs thèmes surtout sont extrèmement artificiels,
mal adaptés à des mécanismes par ailleurs astucieux
et originaux. C'est sans doute pour cela qu'ils n'ont pas suscité
chez les joueurs l'excitation que l'on aurait pu attendre. |
The
trends
Gorgeous bits
Fire and Axe is a new edition of the Ragnar Brothers’ Viking Fury.
I hadn’t even bought the first edition when it was published,
due to its terrible components and graphic blandness. Happily, the wonderful
edition work of the Asmodée team gave it its real dimension –
and it’s a great game.
This heavy concern with graphics and components is one of the best and
most noteworthy new trend, mostly but not only with big games. Battlelore,
Colosseum, Pillars of the Earth, but also less ambitious games like
Gift Trap, Jenseits von Theben, Ruise and Bruise, Taluva or Burg Appenzell,
also have been gorgeously illustrated and published. Even when it’s
not the essence of a game, it really adds to the gaming fun.
Strong theme
Last December, I wrote a light and anecdotic editorial about the many
upcoming Viking games, all scheduled for the first months of 2007. Fire
and Axe clearly stands out, because of the strength, the truth and the
adequacy of its theme. Vikings are not alone, though, and as a more
general rule, game with strong, original and well integrated themes
seem to be in fashion. The theme can be dealed with very seriously,
almost in a documentary way, like in Canal Mania. It can be dealt with
lyrically, like in a blockbuster movie, in Jenseits von Theben or Invasions.
It can also be treated ironically, with no real concern for historical
accuracy, like in Colosseum or Gloria Mundi. In all ways, however, these
are real themes and not just settings for an abstract game. This come
back of strongly themed games is clearly the result of the cultural
crossbreeding between the German and American schools of game-design,
and I’m proud to appear as one of the precursors of this.
Fun
Fire and Axe and Gift Trap are very different games, but both have been
designed to be fun. The fun of Gift Trap, or of Petites Meurtres et
Faits Divers, is in the gift pictured on the cards, that you will have
to give to the other players, or in the criminal whodunits mostly based
on bad puns, but it is also in the very mechanisms of the game, which
incite interaction and jokes more than deep strategic thinking. That’s
why both can be extremely noisy games. Colosseum and Gloria Mundi, or
even Fire and axe and Battleore, are also really fun games, but for
a different reason. Their mechanisms are really strategic, and must
be taken seriously for the game to really work, but their theme has
been implemented in a baroque and humorous way, more parody or fantasy
than history.
Nastiness
And since nothing is more fun than good old brawl, at least in the harmless
and steady world of games, I also rejoice in the great comeback of nastiness
and aggressiveness in games. It has always been typical of heavy American
style war games, such as Fire and Axe or Battlelore, and is not that
unusual in small card games, such as Ruise and Bruise or Relikt, but
it was so far something rare in middle weight German style boardgames.
Well, players don’t fire at their opponents with cannons and machine
guns in Zooloretto, Gloria Mundi, Balam, Alturien or Taluva, but there
are nevertheless good occasions for really nasty tricks. And it’s
probably not a coincidence if Ave Caesar is also republished this year.
As a last point to show
the strength of these trends, I would like to emphasize on the relative
discretion with which the two big boxes games published by the two German
reference publishers, Alea and Hans im Glück, were received. I've
not played Notre Dame and Wikinger, but those who did say that they
are clever and challenging games. On the other hand, they have bland
graphics, they are not very nasty or interactive, and their themes are
not only pasted on, but even largely inaccurate to the game systems.
That's probably why these games, that were much awaited, went largely
under radar. |
| |
|
Les gros
jeux |
Heavier
games |
|
| À
l’américaine
Même si les joueurs s’y affrontent
rarement directement, préférant taper à tour de
rôle sur les mauviettes du sud, Invasions appartient
quand même, par ses mécanismes un peu baroques, par sa
violence, par sa forte interaction et par la place non négligeable
du hasard, à la famille des gros jeux à l’américaine,
dont le renouveau se confirme.
Quelque part entre
le wargame et le jeu de figurines, Battlelore est aussi
un monstre à l’américaine, même si les parties
en sont plus rapides. Si l’on aime la grosse baston, les jolies
petites figurines et les lancers de dé, on ne doit pas rater
ça.
La thématique de Canal Mania,
qui traite du creusement des canaux dans l’Angleterre de la révolution
industrielle, est certainement moins cinématographique, mais
assez curieusement, on se laisse également prendre à ce
jeu qui a un petit goût d’Age of Steam – on fait pire
comme référence.
Entre les deux
Balam ne fut édité qu’en quelques
exemplaires, à compte d’auteur (mais il en reste encore
quelques uns à commander directement à l’auteur).
Ce surprenant mélange de jeu de développement à
l’allemande et de jeu de baston à l’américaine
conte l’histoire de l’empire Maya. Il mérite le détour,
surtout pour tous ceux qui, comme moi, ont toujours rêvé
dans leurs parties de Puerto Rico de lancer trois dés pour attaquer
l’université ou la manufacture du voisin.
Également au croisement des styles européens
et américains, Shogun est une nouvelle version
de Wallenstein. Curieusement, les mécanismes du jeu, qui n’ont
quasiment pas changé, se prêtent aussi bien à la
guerre entre seigneurs de guerre japonais qu’entre seigneurs de
guerre allemands.
Avec Les Piliers de la Terre, plus d’affrontement
direct. Les joueurs bâtissent ensemble une cathédrale,
et le but est simplement d’obtenir la faveur du roi (et accessoirement
une place au paradis) en étant celui qui aura le plus contribué
au chantier. Un matériel superbe, un thème bien rendu
et des mécanismes astucieux font des Piliers de la Terre l’un
des meilleurs jeux allemands du moment, quelque part entre Caylus et
les Colons de Catan, mais avec une véritable histoire à
raconter.
Dans Colosseum, les joueurs sont
des « impresarios » organisant des spectacles dans les arènes
de Rome. La encore, le matériel est superbe, le thème
délicieusement décalé, et les mécanismes
diablement astucieux. Une valeur sure pour les fans de Wolfgang Kramer,
l’un des meilleurs auteurs de jeux allemands.
C’est une autre vision décalée et humoristique de
la Rome antique qui apparaît dans Gloria Mundi,
imaginé par les compères James Ernest et Mike Selinker.
Les joueurs sont des patriciens qui, tandis que les Goths déferlent
sur le Latium, s’efforcent de vendre leurs propriétés
au meilleur prix et de s’embarquer pour Carthage. Finalement,
heureusement qu’on ne l’a pas détruite.
Et puis il y a Imperial. Tout
le monde dit que c’est un chef d’œuvre, c’est
donc peut-être vrai, mais rien à faire, avec son look diplo,
il ne parvient pas à me faire envie, et je ne l’ai donc
toujours pas essayé.
À l’allemande
Restent les jeux de style allemand, presque sans thème mais avec
des points d’action, des enchères et des cubes en bois.
C’est un style dont je me moque volontiers, mais que je suis bien
loin de mépriser – d’autant que je me suis parfois
aventuré à ses frontières. Curieusement, ma sélection
du moment est le fait d’auteurs italiens, preuve s’il en
est que parler d’école allemande et américaine,
comme je le fais souvent, décrit encore fort bien deux types
de créations ludiques, deux traditions, mais ne correspond plus
comme il y a une dizaine d’années à des réalités
nationales vraiment différentes.
Hermagor, de mon ami Emanuele Ornella, n’est
pas sans rappeler l’un de mes jeux préférés,
Elfenland – mais un Elfenland bien boosté, un Elfenland
hardcore pour gros joueurs. La boite ne paye pas de mine, le thème
est assez bateau, mais croyez-moi, c’est du bon gros jeu.
Leonardo da Vinci est un bon
gros jeu de gestion dans la lignée des Princes de Florence, de
Puerto Rico ou de Caylus. Une belle mécanique ni très
belle, ni très originale mais très intéressante
à jouer – challenging, diraient les américains. |
American
style
Even when players rarely
fight one another, and spend most of their times slaughtering the southern
weaklings, Fire and Axe is clearly an American style
monster game, with baroque mechanisms, strong interaction, violence,
and die rolls for combat resolution. And it’s good to see something
new, fresh and easily playable in this genre.
Somewhere between wargame and minature gaming, Battlelore
is also an American style monster game, even when games are really short
and fast paced. If you like fantasy, aggressiveness, tiny miniatures
and massive die rolls, this is a game for you.
The theme of Canal Mania – building canals in
XIXth century England – clearly doesn’t sound as cinematographic,
but this clever and highly strategic boardgame is very challenging.
It feels a bit like Age of Steam – there are far worse comparisons.
In between
There has been only a few hundreds copies of Balam
printed, but the author still has a few left for sale. This surprising
mix of German style development game and American style war game tells
the story of the Mayan empire. If, like me, you’ve always felt
frustrated in Puerto Rico because you could not roll three dice to attack
your neighbor’s manufacture or university, you must give it a
try.
Shogun, a new version of Wallenstein, is another Amerigame
/ Eurogame crossbreeding. Quite surprisingly, the systems originally
designed for the Thirty Years War work as well in Mediaeval Japan.
No direct fight in Pillars of the Earth. Players are
building a cathedral together, and the goal is only to secure the king’s
favor(and a seat in heaven) with being the one who most contributed
to the building. Great bits, great theme and great mechanisms all make
for one of best heavy German games, somewhere between Caylus and Catan,
but with a real story to tell
In Colosseum, players are Roman impresarios organizing
spectacles in their arenas and trying to attract the mùost spectators.
The bits are gorgeous, the theme clever and humorous, and the systems
really clever. This is a safe bet for the fans of Wolfgang Kramer, one
of the very best German game designers.
Gloria Mundi is another humorous take on Roman history,
from the zany minds of James Ernest and Mike Selinker. Players are patricians
wh,, while Goths are surging through the Latium, are trying to sell
their assets at the best price and flee to Carthago. May be, in the
end, it was right not to destroy it.
There’s also Imperial. Thos who played it all
say it’s a great game, so there must be some true in it. On the
other hand, it looks so unexciting that I never managed to play it yet.
German style
Of course, there are still archetypal German games, with little or no
theme but with action points, bidding and wooden cubes. It’s a
genre I often mock, but it doesn’t mean I despise it, especially
since I myself occasionally designed such stuff. Strangely enough, all
my selection of heavy German games has d Italian authors. This probably
means that if there are still two separate schools, two separate traditions
of game designs, that I usually call for historical reasons “German
style” and “American style”, they don’t anymore
clearly correspond to different countries.
Hermagor, by my friend Emanuele Ornella, reminds a
bit of one of my favorite boardgames, Elfenland, but it’s a hardcore
gamers Elfenland. The box and board are not really appealing, but believe
me, this is really good heavy game.
Leonardo da Vinci
is a heavy management game, in the same style as Princes of Florence,
Puerto Rico or Caylus. Nothing really new or original there, but a good
and very challenging experience.
|
|
|
Les jeux
moyens |
Middle
weight games |
|
| Le
hasard et la méchanceté
De Jenseits von Theben était déjà
paru une édition limitée à compte d’auteur,
assez moche, qui fut un succès d’estime d’autant
plus remarquable que le microcosme traite trop souvent par le mépris
les jeux où le hasard est très présent. Il était
donc logique qu’un grand éditeur reprenne ce jeu et le
fasse bénéficier d’une édition plus professionnelle
et plus facilement trouvable en magasin. C’est chose faite, et
la nouvelle édition de ce jeu d’archéologie au thème
omniprésent et aux mécanismes bien pensés est absolument
superbe. À l’heure où j’écris cet article,
je ne sais pas encore quel jeu remportera le Spiel des Jahres, et j’espère
que ce sera soit Jenseits von Theben, soit Zooloretto.
S’il y a moins de hasard dans Zooloreto, on y
trouve en effet un autre ingrédient peu habituel dans le jeu
allemand – la méchanceté. Ne vous fiez donc pas
au mignon sourire du Panda en couverture, car ce jeu de gestion de zoo
reprend les bases du petit jeu de cartes de Michael Schacht, Coloretto,
lequel était déjà un vrai jeu d’enfoirés.
Jenseits von Theben et Zooloretto sont sans conteste
les deux jeux allemands au format "familial" qui ont le plus
fait parler d'eux, et qui ont été, dans les conventions
et salons, les plus abondamment joués. Leur qualité, leur
légèreté, leur originalité justifient largement
ce succès.
On a moins parlé du marché d’Alturien,
si ce n’est pour remarquer la superbe illustration de couverture.
Il est vrai qu’avec un jeu très décalé, faisant
à la fois appel au hasard et à la méchanceté,
sans compter quelques clins d’œil au monopoly, Wolfgang Kramer,
qui n’a plus rien à prouver, se paie le luxe de prendre
le milieu ludique allemand à rebrousse poil. Soyez complices,
vous ne le regretterez pas.
Des cubes de toutes les
couleurs
Les jeux avec des cubes de bois de toutes couleurs figurant des marchandises
diverses que l’on échange les uns contre les autres, que
l’on achète, que l’on gagne, que l’on revend,
sont devenus un sous-genre à part entière du jeu allemand.
La famille des jeux d'échange et de combinaison, deux cubes jaunes
et un cube vert contre un rouge et un bleu, puis un bleu et rouge contre
un gris et un mauve, est notamment représentée cette année
par Alchemist, un jeu qui ne paie pas de mine mais
qui parvient à renouveler ce genre balisé et souvent linéaire
en offrant aux joueurs des stratégies variées et quelques
possibilités de bluff. Cet alchimiste n’a rien d’un
souffleur et est bien plus futé qu'il n'en a l'air.
Je m’y suis essayé aussi avec Ted Cheatham dans Silk
Road, un jeu de commerce sur le thème de la Route de
la Soie. Si tous les joueurs y sont dans la même caravane, les
autres sont bien plus des concurrents que des partenaires et une certaine
méchanceté, là encore, n’est pas absente
de ce jeu de « pick-up and deliver », un genre auquel je
voulais, depuis bien longtemps, m’attaquer
Il y a également un chameau sur la boite d’Yspahan,
et des cubes de bois dans la boite. Le premier gros jeu publié
de Sébastien Pauchon est un jeu d’optimisation et de développement
de style teutonico-germano-allemand archétypal, qui n’a
cependant pas la complexité et la longueur d’un Caylus
ou d’un Puerto-Rico. On y lance même quelques dés.
Chez le même éditeur, et dans un style plus sérieux,
Caylus Magna Carta est une adaptation très réussie
de Caylus en jeu de cartes – enfin, il y a quand même des
cubes et quelques jetons, mais il n’y a plus de plateau. C’est
plus rapide et plus simple que Caylus, mais fait toujours autant appel
aux neurones. N'eut été sa petite boite, je l'aurais presque
classé dans les gros jeux.
Thèmes récurents
La construction de cité est également un classique du
jeu allemand, et cette année c'est Venise qui est construit.
Die Säulen von Venedig fourmille de bonnes idées, mais le
jeu est alheureusement inabouti. Venedig, de l'homme
qui avait déjà construit Carcassonne, s'avère au
bout du compte bien plus satisfaisant.
Midgard et Walhalla sont deux des
lieux mythologiques de l'univers nordique, et deux des jeux de vikings
parus ces derniers mois. Tous deux sont aussi des jeux de majorité,
mais la ressemblance s'aarête lá. Le jeu d'Eric Lang, qui
peut passer pour un nom viking tant que l'on n'a pas vu sa photo, est
en effet assez agressif, avec des tribus guerroyant pour s'emparer du
dernier royaume des hommes. Dans celui d'Alessandro Zuchini, que personne
ne prendra jamais pour un nom viking, les vikings sont plus colonisateurs
que guerriers, même si l'un ou l'autre finit parfois au banquet
d'Odin.
L'exotisme vaguement polynésien ou indonésien de Taluva
est un thème rebattu, mais peut sembler plus rassurant. Ce jeu
de tuiles au matériel splendide permet pourtant des stratégies
bien plus subtiles et sophistiquées, et souvent plus agressives,
que son ancêtre Carcassonne. Un achat qui s'impose donc pour tous
ceux qui connaissent tous les recoins de la cité médiévale.
Dans le même style, mais avec un thème post-apocalyptique
nettement moins consensuel, Neuroshima Hex ne prend
même pas la peine de dissimuler son agressivité derrière
une thématique exotique. Autre jeu agressif, Cave Troll,
le jeu de majorité où on se fout vraiment sur la gueule,
est enfin réédité, dans une présentation
bien plus satisfaisante et avec de nouveaux personnages.
Curieusement, pas de nouveau jeu de trains cette année. Indispensable,
car elle renouvelle et rééquilibre le jeu, l'extension
USA 1910 pour Les Aventuriers du Rail n'apporte aucune
réelle innovation. Reste donc, outre Canal Mania dont nous avons
parlé plus haut, Portobello Market, qui est
en effet un bon petit jeu de trains assez hâtivement camouflé.
Aux trains, on préfèrera donc cette année les chars,
avec la très attendue réédition du fabuleux Ave
Cesar, sans doute le meilleur jeu de course jamais publié.
Cinq, sept, douze jeux
en un
Stonehenge est une initiative originale. Ce n'est en
effet pas un jeu, mais un matériel conçu pour permettre
facilement d'imaginer de nouveaux jeux. Cinq règles sont dans
la boite, dont la mienne, Le Grand Druide, mais le vrai succès,
c’est qu’il y en déjà plein d’autres
sur le web. |
Luck
and nastiness (sorry, untranslatable
French pun)
There had been only a few hundred copies of the first home-made and
rather ugly edition of Jenseits von Theben, but it
was enough to generate some buzz in the little gaming world. This was
even more impressing since the game is luck-heavy, and the hardcore
gamers microcosm usually despise this. So it was sure that some big
publisher will bring this game back in a more professional, and easier
to find edition. It has now been done, and the new edition of this strongly
themed and cleverly designed archeology game is gorgeously produced.
When I write this article, I still don’t know which game will
get the Spiel des Jahres, but I really hope that it will be either Jenseits
von Theben, either Zooloretto.
Zooloretto has less luck, but it has another element
that is rather unusual in German family games – plain nastiness.
Don’t trust the cute smile of the Panda on the cover, since this
game is based on the same wicked system as the card game Coloretto,
which was already one of the most evil card games around.
Jenseits von Theben and Zooloretto were clearly the most discussed new
german family games, and the most played in conventions and gaming gatherings.
This is not suirprising, gioven their quality, their lightness and their
originality.
There has been much less talk about The Market of Alturien,
save to notice the gorgeous box illustration. Obviously, Wolfgang Kramer
rubs up the German game world, and the Spiel des Jahres jury, the wrong
way with this old-style roll and move game, kind of an ironic tribute
to Monopoly. Try it, and you’ll find out that it’s luck-heavy,
for sure, but also fun and terribly nasty.
There’s also some luck, and lots of opportunity for double guessing
and nasty tricks, in Mission: Red Planet, whose English
edition was published last fall, and seems to sell much better than
the French one did.
Wooden cubes in all colors
Games with small wooden cubes of various colors figuring various types
of goods that can be bought, sold, auctioned and traded have become
a specific genre in German style game design.
Alchemist is one more game based on a trading system, where you trade
two yeallow and one green cube for one red and one blue, then one red
and one blue for one grey and one purple. Alchemist
doesn’t look new or exciting, but there’s much more in it
than meets the eyes. The game is far less linear than most of its kind,
and is highly challenging, with many paths to victory, some relying
on bluff and others on strategy, without becoming a brain burner
I also made my first serious try at this kind of game with Ted Cheatham,
designing Silk Road, a game about merchants, all in
the same caravan, trying to make the best business all along the road
from China to Europe. Of course, other merchants in the caravan are
more rivals than partners, and there’s some wickedness and nasty
competition in this “pick-up and deliver” game.
Yspahan also has a camel on the box cover, and wooden
cubes in the box. The first big game published by Sébastien Pauchon
is a clever management and optimization game, typically German, but
it’s not as long and brain burning as Caylus or Puerto Rico, and
there are even some die rolls.
The same publisher has another colored wooden cubes game, Caylus
Magna Carta, the truthful and clever card game adaptation of
Caylus. It’s faster and lighter than the boardgame, but it still
requires the same kind of thinking – meaning intricate strategic
thinking a few turns in advance. If ot were not for its small box, I
could have placed this one with the heavier games.
Classical settings
City building is also commonplace in German style game design, and this
year the city being built is Venice. Die Saülen von Venedig probably
has more good and original ideas, but the game doesn’t feel really
finalized. Venedig, by the man who already built Carcassonne,
is more classical but also more satisfying.
Midgard and Walhalla are two mythological
places of the Viking universe, and two of the half dozen of Viking games
recently published. Both are also majority games, but very different
ones. Midgard, by Eric Lang, whose name can sound realistically Viking
until you actually meet him at some game fair, is rather aggressive,
with Viking tribes warring to take control of the last kingdom of men.
In Walhalla, by Alessandro Zucchini– a name who definitely doesn’t
sound Viking – the fierce Vikings are more colonizers than warriors,
even one occasionally ends at Odin’s banquet.
The vaguely Polynesian or Indonesian exoticism of Taluva
is also quite commonplace, and can feel reassuring. This outstanding
tile game, with elegant components, is much more involved, subtle and
aggressive than its predecessor Carcassonne, and is therefore a must-buy
for all those who know by hear all variations of the mediaeval city.
In the same style, but in a far less consensual post-apocalyptic setting,
Neuroshima Hex is an even more nasty and agressive
tile laying game. Cave Troll, the majority game with
real fights instaed of negociations, has been finally republished, in
a much better edition and with new interesting characters.
There was surprisingly no noticeable new train game this year. The USA
1910 expansion for Ticket to Ride is a must buy, since it really
expands the game and makes it feel new, but it has no new idea in it.
Well, there are Canals, with Canal Mania, which was already discussed
above, and market stalls, in Portobello Market, a good
train game hastily disguised as old London market.
So give up the train, and back to the good old chariots of Ave
Caesar, the best racing game ever designed, which has been,
at last, republished this year.
Five, seven, twelve more
games
Stonehenge is a really different idea. It’s not
a game, but components deliberately designed to make the development
of new games easy and fun. There are already five game rules in the
box, including mine, The Great Druid. The real success, however, is
that there are already many more on the web. |
|
|
Les petits
jeux |
Lighter
games |
|
| Le
style Faidutti
Si j’ai tant apprécié De Cape et d'épée,
Relikt, Fiji et Fantasy II, c’est sans doute parce que ces petits
jeux quelque peu chaotiques sont assez proches, dans leur esprit, de
certaines de mes créations. Le retour de ce type de jeu signifie
peut-être que le moment est venu que je me préoccupe sérieusement
de trouver un nouvel éditeur pour Castel, l’Or des Dragons
ou Corruption.
De Cape et d’Épée est un excellent
jeu de cartes plein de personnages et de rebondissements, qui rappelle
tout à la fois Corruption et Castel. L’éditeur est
même allé chercher – avec ma complicité, il
est vrai – l’un de mes illustrateurs habituels, Julien Delval.
Relikt aussi, utilise le système d’enchères
à base de cartes que j’avais exploité dans Corruption
et l’Or des Dragons, y rajoutant des événements
dévastateurs allant jusqu’au « échangez votre
camp avec celui d’un autre joueur », qui étaient
jusque là ma spécialité. Los Mampfos puis Relikt,
cela fait plaisir de voir Rüdiger Dorn, le très sérieux
auteur de Goa, se dévergonder un peu.
Quant à Fiji, le dernier jeu tout vert de l’homme
aux cheveux verts, il est essentiellement fondé sur des enchères
à poing fermé – un système drôle, alliant
tentatives de contrôle et résultats parfois inattendus,
et qui ne mérite pas le mépris dans lequel le tiennent
nombre de joueurs.
Fantasy n’est pas nouveau, mais l’extension Fantasy
II, parue cette année, lui donne vraiment une nouvelle
dimension, le rendant beaucoup plus varié et moins enfantin.
Plus classique
Il reste quand même des jeux de cartes à l’allemande,
plus contrôlables, avec enchères et gestion de sa main
de cartes (néologisme tordu pour hand management, et je n’en
ai pas trouvé de clair pour set collection).
Il faut d’abord faut signaler la réédition d’un
très grand classique, Reibach and Co, sans doute le meilleur
petit jeu de cartes allemand (à moins que ce ne soit Coloretto).
Les actions, qui ne faisaient guère sens, sont devenus des poules,
qui ne le font guère plus, et le jeu s’appelle Gloria
Picktoria, qui le fait encore moins. Pourquoi personne ne le
publie-t-il jamais avec le seul thème qui fasse sens –
des trains ?
Beaucoup se sont pâmés devant les illustrations d’Animalia,
que je trouve personnellement surchargées et un peu vulgaires,
mais le jeu n’en reste pas moins excellent, une sorte de Coloretto
en un peu moins méchant.
Reiner Knizia, spécialiste du genre, a assez peu fait parler
de lui cette année, mais on peut quand même citer Great
Wall of China, un jeu d’enchères avec des cartes
de facture très classique, sans surprise mais très efficace,
et où le thème n’a, bien sûr, pas la moindre
importance.
Si Knizia se fait discret, beaucoup conçoivent aussi des jeux
« à sa manière », parmi lesquels il faut citer
le très abstrait, mais intéressant, Voleur de
Bagdad de Thorsten Gimmler.
Les jeux abstraits n’étant pas trop ma spécialité,
j’ai tendance à préférer les plus rapides,
les plus légers, plus proches du morpion que des échecs.
Dans ce style, j’ai cette année beaucoup joué à
Stixx, un joli jeu de stratégie avec des bâtons
de toutes les couleurs et un tout petit peu de bluff.
Deux joueurs
Sans Bruno Cathala, spécialiste et amateur du genre, je ne me
serais sans doute jamais vraiment intéressé aux jeux pour
deux joueurs. Dans notre Tomahawk, deux tribus indiennes
s’affrontent pour les meilleurs territoires de chasse, et accessoirement
les plus beaux scalps. Le jeu aurais sans doute été à
sa place dans les jolies petites boites carrées de chez Kosmos,
il sort dans les jolies petites boites toutes en dorures de Matagot,
un jeune éditeur sympathique.
Très actif, Bruno a également publié, avec Ludovic
Maublanc cette fois, Mr Jack, une version remaniée
et plus aidée à trouver d'une Ombre sur Whitechapel. Les
jeux asymétriques ne sont pas aisés à concevoir,
celui-ci est un chef d'œuvre.
Tout à fait dans le même esprit, avec des cartes tantôt
cachées, tantôt visibles, Richard Garfield, toujours là
où on ne l’attend pas, a commis Pecking Order,
un jeu de cartes pour deux joueurs particulièrement rapide et
dynamique.
C’est à compte d’auteur, sur une simple feuille de
papier cartonné à découper, que Marcel-André
Casasola-Merkle a publié Juliet et les Monstres,
un petit jeu étonnant qui conte l’histoire d’une
petite fille qui doit absolument se réveiller avant d’être
dévorées par les monstres de ses cauchemars. En principe,
c’est deux à cinq joueurs, mais c’est clairement
à deux ou trois qu’il faut y jouer. |
Faidutti
style
Ruise and Bruise, Relikt, Fiji a nd Fantasy are light and slightly chaotic
games whose gameplay and general style feels very similar with some
of my best known designs. If such games are back, may be it’s
time that I seriously look for anew publisher for Castle or Dragon’s
Gold.
Ruise and Bruise is a great card game, full of characters
and surprises, that feels a bit like a mix between Corruption and Castle.
The publisher even managed – with my own complicity – to
recruit for it one my usual illustrators, my friend Julien Delval.
Relikt also uses a card based bidding system similar
with Corruption and Dragon’s Gold, and adds some devastating event
cards with effects like “swap your camp with another player”
- the kind of things I used to put in card games a few years ago. Who
could have guessed that the authors of Goa will publish, last year,
Los Mapfos and, this year, Relikt!!!
Fiji, the last small game by the green haired man is
mostly based on closed fist blind-bidding. The game is great fun, with
complex strategies and triple-guessing usually ending in totally unpredictable
ways. Blind bidding is subtle and fun, and really doesn’t deserve
the despise it gets from many gamers.
Fantasy is not new, but the expansion published this
year gives a real new dimension to this fun, light, chaotic and wonderfully
illustrated card game, and makes it far less childish.
Classical style
There are stille more classical, controllable German style card game,
with auctions, hand management, set collection and like.
First, and old classic, Reibach and Co, the best of the genre with Coloretto,
has been republished as Gloria Picktoria. Business
shares are now hens, but it doesn’t make much more sense. Never
mind, the game is great, and I wonder why no one ever publishes it with
the only theme that could make sense – trains.
Many gamers have been ecstatic on the graphics of Animalia,
I find them overloaded, bordering on vulgarity. The game, however, is
great, something like a lighter and slightly less wicked Coloretto.
Reiner Knizia was relatively discreet this year, but his Great
Wall of China is a good card bidding game. Nothing really original,
and a pasted on theme, but it works very well.
Nothing else by Knizia in this list, but Thorsten Gimmler’s Thief
of Baghdad, a well designed abstract placement game with a
pasted on theme, feels like good light Knizia.
Abstract games are not my cup of tea, and that’s why I usually
prefer the lighter, shorter ones, games which feel more like Five in
row than like Chess. This year, I’ve played many games of Stixx,
a game with an hexagonal board, sticks in many colors, and some bluffing
to mitigate your strategy.
Two players
Were it not for Bruno Cathala, a specialist of this very special genre,
I would probably never have become interested in designing two players
games. In our common design, Tomahwak, two Indian tribes
fight for the best hunting territories and the longest scalps. The game
could probably have fitted into the small square Kosmos boxes, but it
al fits well in the nice Matagot book-like boxes, with their funny golden
imprints.
Bruno was very active this year, and also published, together with Ludovic
Maublanc, Mr Jack an improved and easier to find edition
of his Shadows over Whitechapel. Asymetric games are not that easy to
design, and this one is a masterpiece.
Richard Garfield’s Pecking Order is a game in
the very same style, a fast paced and dynamic two players game also
with cards played sometimes faces down, sometimes face up.
Marcel-André Casasola-Merkle has self published on a single cardboard
sheet his “Juliet and the Monsters” game,
in which terrible monsters are trying, at night, to eat the cute Juliet
during her sleep. It’s supposed to be for 2 to 5 players, but
it’s clearly best with 2 or 3. |
|
|
Les jeux
d'ambiance et pour enfants |
Party
and children games |
|
|
Futurs
classiques pour toute la famille
Les bons jeux d'ambiance et de communication sont relativement peu nombreux,
et je me réjouis d'en voir publiés plusieurs cette année,
au premier rang desquels Gift Trap qui se range d'emblée
parmi les meilleurs du genre, aux côtés de Taboo ou Compatibility.
Offrirez-vous plutôt à votre meilleur ami un week-end à
Budapest, une séance avec une dominatrice, un stage de construction
d'igloos au Groenland ou une tondeuse autotractée? Les jeux sur
le principe "apprenez à connaître vos amis!"
sont généralement médiocres et malsains, celui-ci
est excellent, drôle, sympathique.
Le principe du Pictionay a été décliné sous
mille et une formes qui, le plus souvent, n'apportent pas grand chose
par rapport à l'original. Kezako est vraiment
différent, un peu du fait des billes et baguettes utilisées
pour les dessins, mais surtout parce que les dessinateurs sont deux,
qui doivent collaborer sans communiquer.
Hystérie et nonsense
Petits meurtres et faits divers recycle dans un jeu
d'enquête policière complètement loufoque le vieux
principe des mots imposés devant être casés dans
une histoire. Le résultat est jubilatoire.
A Hystericoach, on ne parle plus, on hurle en s'efforçant
de couvrir la voix de l'adversaire. Deux joueurs sont en effet les entraîneurs
des équipes de football rivales, et doivent communiquer de manière
extrêmement réaliste leurs consignes stratégiques
aux joueurs.
On reste dans le loufoque avec Santy Anno, résultat
étonnant, et détonant, du croisement entre Ricochet Robots
et les chaises musicales. Les superbes illustrations de Gérard
Mathieu ne font que rendre l'ensemble encore plus drôle.
Pour les petits et les
grands
Je suis bien loin de suivre tout ce qui se fait en matière de
jeux pour les plus petits, d'autant que les sorties sont très
nombreuses. J'ai néanmoins repéré deux jeux qui
ont aussi bien fait rire les adultes qui m'entourent.
Trötofant est l'un de ces invraisemblables gadgets
qui germent dans le cerveau de Roberto Fraga. Autour d'un tronc en mouvement,
des joueurs-éléphants doivent, à l'aide de mirlitons,
se saisir des meilleures branches.
Zoch aussi sait faire de jolies choses, et Burg Appenzell
n’échappe pas à la règle avec son château
en trois dimensions et ses souris baladeuses qui tombent dans les oubliettes.
Quelque part entre Labyrinthe et Memory, c’est un jeu où
les enfants sont assez forts, mais qui n’en intéressera
pas moins les plus grands.
Avec un matériel bien plus modeste, un simple jeu de cartes et
un amusant porte-cartes, Ma-ni-tu est un amusant petit
jeu de mémoire dans lequel les joueurs doivent répéter
des phrases de plus en plus longues. |
Classics of tomorrow
There are not that many good party and communications games, so it’s
good to see a few new ones this year, first of all Gift Trap,
which is one of the very best, a future classic, on par with Taboo or
Compatibility. What gift will you give to your best friend ? A week-end
in Budapest, a night with a dominatrix, an igloo building course in
Greenland or a Western saddle? Most “learn to know your friends”
games are usually boring and/or unhealthy, this one is fun, clever and
good-natured.
The Pictionary idea has been overexploited in many mediocre variations
which did not really add to the original. Kezako –
a reprint of Wat’n’Dat – is great, in part because
of the Chinese marbles and plastic bars used for drawing, but mostly
because two illustrators must collaborate without communicating in any
way. Unfortunately, all word cards are in French, but may be there’ll
be an English version some day.
Hysteria and nonsense
Petits meurtres et faits divers recycles in a zany
whodunit games full of terrible puns – unfortunately only in French
– the old TV newsreader game where you must try to use a given,
and usually exotic, word in your speech. It’s great fun –
but untranslatable.
Hystericoach has no language problem. Here, players
don’t talk, they shout. Two players play the role of soccer coaches
and must, in a very realistic and noisy way, communicate with their
players who are moving the team players on the board.
Another zany and atypical game is Santy Anno, the strange
and explosive mix of Ricochet Robots and Musical Chairs? It’s
made even more fun by the wonderful cartoons by Gérard Mathieu.
For young and old gamers
I’m not up to date with all the children games published, and
there are hundreds new ones every year. I nevertheless occasionally
have a look at them, and this year I’ve noticed two interesting
ones that are also fun and challenging when played with adults, or even
when played by adults only.
Trotofant is one of the zany gizmo game by Roberto
Fraga. Players are elephants using kazoos (figuring their trumps) to
catch light branches on a rotating cardboard
Zoch also has always been god at original and nice looking components.
This year, it’s the 3D castle of Burg Appenzell,
with its cute mice falling into the dungeon cells. The game feels a
bit like a mix between Memory and Labyrinth, which means that children
are really good at it, but adults will enjoy it as well.
Ma-Ni-Tu has more modest components – a deck
of cards and a cute card holder – but this light memory game in
which players must repeat abstract sentences that are becoming longer
and longer is really a blast to play. |
|
|
Quelques
détails sur mes jeux à moi |
More about
my own designs |
|
| Cette année 2006-2007
particulièrement riche en jeux, et en bons jeux, a été
en ce qui concerne mes créations personnelles relativement modeste.
Mission Planète Rouge,
conçu avec Bruno Cathala, sorti l’année précédente
en France, était passé relativement inaperçu. Cela
m’avait peiné car je pense que c’est l’une
de mes meilleures créations. Je suis donc réconforté
par le franc succès de son édition américaine.
Je l’avais d’ailleurs pressenti puisque, à un Croc
qui hésitait un peu à traduire ce jeu en anglais après
son échec français, j’avais assuré qu’il
correspondait plus à l’esprit américain. Et ça
aussi, c’est un jeu du thème, de la méchanceté
et du fun.
Silk Road, jeu de commerce
conçu avec Ted Cheatham, est sans doute de facture plus classique,
plus allemande, mais il est aussi assez méchant, et a été
plutôt bien reçu par la critique. Le principal reproche
qui lui est fait concerne son prix et je reconnais que, surtout en Europe,
le jeu est assez cher pour un matériel certes très élégant,
mais assez modeste. Cela explique sans doute des ventes, là encore,
un peu décevantes, maios j’espère que le bouche
à oreille le fera peu à peu démarrer.
Tomahawk est un petit
jeu à deux joueurs conçu avec Bruno Cathala, spécialiste
du genre. S’il était sorti trois ou quatre ans plus tôt,
lorsque nous l’avions conçu, il aurait peut-être
paru plus original. Notre petit jeu a sans doute souffert d’appartenir
à une famille déjà bien nombreuse, celle des Cesar
et Cléopatre, Battle Line, Balloon Cup, Dynasties et une dizaine
d’autres. Les ventes en sont pourtant très honorables pour
un petit éditeur, ce qui montre je ne dois pas être le
seul à penser que c’est l’un des plus variés
et des plus dynamiques du genre.
Les premières critiques de Stonehenge
sur le Boardgamegeek sont assez mitigées, mais je ne m’attendais
pas vraiment à un enthousiasme démesuré. Réunir
cinq auteurs pour imaginer cinq jeux différents avec le même
matériel était une gageure, et les jeux ne pouvaient qu’être
relativement peu ambitieux. Notre vrai succès est d’être
parvenu à concevoir un matériel qui excite véritablement
la créativité, et à partir duquel chacun est tenté
de créer ses propres règles, son propre jeu. Les nombreuses
règles déjà postées sur le site de l’éditeur
montre que ce pari est en train de réussir. |
2006-2007
year was a good year for games, and especially for good games, but a
relatively modest for me.
Mission: Red Planet,
designed with Bruno Cathala, had been published in France one year earlier,
and went largely under radar. I was sad of it, because it’s a
design I’m really proud of. That’s why I’m really
comforted by the success of the US edition. In fact, I had almost guessed
it, since when Croc, of Asmodée, was not sure he will publish
it in English, I assured him that this game was formatted for American
gamers. And, well, this game is totally in this year’s mood –
thematic, nasty and fun.
Silk Road,
a collaboration with Ted Chatham, is a more classical, German style,
design. It got rather good reviews, the most frequent criticism being
a high price for elegant but modest components. It’s true that
the game is expensive, especially in Europe. That’s probably why
its sales are still modest, but I have good hopes the word of mouth
will make it a lasting success.
Tomahawk
is a two players game designed together with a specialist of this genre,
Bruno Cathala. If it had been published when we had designed it, three
or four years earlier, it would certainly have felt more original. It
suffered from being one more member of a very large family, with Caesar
and Cleopatra, Battle Line, Balloon Cup, Dynasties and a dozen more.
Well, it doesn’t sell that bad for a small publisher, which means
that other people probably also think it’s one of the most varied
and dynamic in its genre.
The first reviews of Stonehenge
on the Boardgamegeek are a mixed bag, but I wasn’t really expecting
delirious enthusiasm. Five designers making five different games with
the same components was a real challenge, and none of our games is really
ambitious. Our real success was in designing a set of components that
really stimulates creativity and with which anyone can design his own
game. The many rules already posted on the publisher’s website
mean that we’ve made it. |
|
|
| Tous
les autres
Cette liste de recommandations peut déjà
sembler longue. Elle pourrait pourtant l'être plus encore si j'avais
joué à un plus grand nombre de nouveautés. Le nombre
et la qualité des jeux publiés obligent à faire
des choix. Je n'ai pas acheté tous les nouveaux jeux qui me faisaient
envie, et je n'ai pas joué à tous ceux que j'ai achetés
ou que l’on m’a gentiment offert. Bien sûr, j'ai délaissé
ceux qui semblaient avoir moins de chances de me plaire, soit que les
premières critiques soient très défavorables, soit
que la lecture des règles ne m’ait pas excité, mais
j’ai pu me tromper – j’ai bien failli ne jamais jouer
à Alchemist dont les règles ne m’inspiraient guère,
ou à Alturien qui a eu ailleurs de mauvaises, et injustes, critiques.
Donc, si quelques jeux ne sont pas dans cette liste parce que j'y ai
joué et ne les ai pas aimés, beaucoup plus nombreux sont
ceux auxquels je n'ai pas joué, et que j"aurai peut-être
appréciés.
Ce sera sans doute pire encore
l'an prochain, avec d'une part des nouveautés de plus en plus
nombreuses et de plus en plus intéressantes, et d'autre part
des prototypes exigeant des tests et réglages assez fins. Sans
compter que j'ai un peu envie de me mettre sérieusement à
Heroscape... Je crains dont, une fois de plus, d'avoir, plus de mal
encore à jouer à tous les jeux qui mériteraient
au moins d'être essayés. |
And
all the other games
This list of recommended
games is already quite long, but it could have been even longer if I
had played more of the many new games published. There are so many new
games, and it seems so many good ones, that I had to make drastic choices.
I did not buy all the new games which look interesting or exciting,
and I have not played all the ones I have bought or I have been given.
Of course, I’ve first dismissed the ones that were least likely
to please me, because the first reviews on the web were bad, or because
the rules sounded bland, but I can always be wrong. I nearly of which
I had read a bad and unfair review. Of course, some games are not in
this list because I played them and didn’t like them, but there
are many more I didn’t play and could, may be, have liked.
Things may be even worse
next year. On the one hand, there will probably be even more and better
new games. On the other hand, I already have a few prototypes which
need lots of tuning and playtesting. And I'm thinking of buying a few
Heroscape sets. I'm afraid that, once more, I won't find the time to
play all the games which deserve to be played. |
| Et
n'oubliez pas...
Si vous souahitez acheter l'un des jeux
que je vous recommande (ou même un autre), vous pouvez le faire
auprès des boutiques partenaires de mon site, Funagain
aux États-Unis, Au
Coin du Jeu et Jocade
en France. Si vous le faites à partir des liens ci-dessus, ou
de ceux qui figurent dans les pages des jeux dans ma ludothèque
idéale, cela me rapportera un petit crédit et, les petits
ruisseaux faisant les grandes rivières, me permettra au bout
du compte d'acheter et d'essayer quelques jeux supplémentaires.
Si vous êtes éditeur, vous
pouvez aussi m'envoyer gentiment vos nouveautés. Elles ne seront
pas traîtées différemment des jeux que j'achète,
et je ne vous promet pas qu'ils seront dans mes recommandations de l'an
prochain, mais du moins aurez vous l'assurance que je ne les aurai pas
bêtement ignorées. |
Don't
forget...
If you want to buy one of
the games I recommand (or even any other game), you can use my partner
links to Funagain
in the USA, Au
Coin du Jeu and Jocade
in France, either from her or from the game entries in the ideal game
library. When doing so, a small percent will be credited to me, and
this will help me buy and playtest a few more games.
If you are a publisher,
you can also kindly send me your new games. They will be treated exactly
like the ones I buy, and I can't promise you they will end in next year's
list, but at least you'll be certain I have not simply overlooked them.
|
Discutez
en sur le forum
Discuss it in the forum
|
|