Buzz vs Intuition
Buzz vs Intuition


Le jeu et les femmes
Women and gaming


Plusieurs jeux en un
Several games in one


Je suis censé être un économiste
I'm supposed to be an economist


Après la fête
After the Party


Minimalisme
Minimalism


Occupying
Occupying


Imprévisibilité
Unpredictability


Editorial - Dinosaures
Editorial - Dinosaurs


Sélection pour mon jeu de l'année
Nominated list for my game of the year


Extensions
Expansions


Le Rasoir d'Ockham
Ockham's Razor


Rencontres ludopathiques 2011
2011 Ludopathic Gathering


Fun
Fun


Obsolescence
Obsolescence



Plus/More ...


Mes jeux de l'année 2007
et pas mal d'autres recommandations ludiques

My 2007 game of the year
and many more recommended new games

Les vainqueurs
The winners

Quand ?

Parce qu’en France la véritable année n’est pas l’année civile mais l’année scolaire, j’ai pris l’habitude de décerne mon « jeu de l’année » non pas en janvier ou février, mais fin juin ou début juillet, qui se trouve aussi être la période où est décerné le seul prix ludique réellement influent, le Spiel des Jahres allemand. Le pli étant pris, je m’y tiendrai. Pourtant, si je devais lancer mon prix aujourd’hui, je choisirai sans doute le moins de novembre, afin de coïncider avec les principaux prix littéraires, puisque la nature quasi-littéraire du jeu de société est un thème qui me tient à cœur.

When ?

In France, the only real year is not the civil year but the school one, so I’ve got used to award my own “game of the year” award in late June or early July and not in January or February. Incidentally – well, more or less – it happens to be also the time when the only really influent game award, the German Spiel des Jahres, is awarded. I’ve started this way, so I’ll keep on with it, even when, if I were to decide now when to give it, I would probably choose November, to have it coincide with the main French literary awards, the cultural nature of games being something I’d like to emphasize.

Les autres que j'ai sérieusement envisagé à un moment ou un autre
The other shortlisted ones

Dix finalistes, deux vainqueurs

Une fois encore, le choix du jeu qui m’a le plus marqué cette année a été assez difficile. J’ai commencé par reprendre l’ensemble des nouvelles entrées de la ludothèque idéale pour voir celles qui m’avaient le plus impressionné, laissé le souvenir le plus fort. Cette première sélection a laissé huit jeux – Invasions, Battlelore, Les Piliers de la Terre, Zooloretto, Jenseits von Theben, Der Markt von Alturien, Taluva, Gloria Mundi et Gift Trap – qui tous auraient sans doute pu devenir mon jeu de l’année. Si j’ai retenu finalement Invasions et Gift Trap – sans pouvoir les départager - ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont meilleurs, mais parce qu’ils sont plus originaux, plus novateurs, plus annonciateurs j’espère de nouvelles tendances sympathiques – des jeux plus jolis, plus thématiques, plus amusants et plus méchants.

Ten finalists, two winners

Once more, it has been difficult to choose the game that most deserved to have attention drawn to it. I’ve started with a survey of all new entries in my ideal game library since last summer, and selected seven games – Fire and Axe, Battlelore, The Pillars of the Earth, Zooloretto, Jenseits von Theben, Der Markt von Alturien, Taluva, Gloria Mundi and Gift Trap – which were worthy of the award. I finally singled out two of them (single out two? can you say this? It sounds funny), Fire and Axe and Gift Trap, without being able to decide between them. I’ve not chosen these two ones because they are necessarily better than the other ones, but because they are more original, more refreshing, and, I hope, the forerunners of new nice trends in the game worlds – trends toward gorgeous bits, strong theme, fun and nastiness.

   

Les tendances

Du matos
Invasions est une réédition de Viking Fury, un jeu des Ragnar Brothers. dont je n'avais même pas, à sa parution, acheté l'édition originale au matériel et au graphisme d'une décourageante médiocrité. C'est le remarquable travail d'illustration et d'édition de l'équipe d'Asmodée qui lui a donné toute sa dimension, et me l'a fait remarquer.
Ce souci de la qualité des illustrations et du matériel est l'une des tendances les plus notables, surtout mais pas seulement pour les gros jeux. Battlelore, Colosseum ou Les Piliers de la terre, mais aussi des jeux plus modestes comme Gift Trap, Jenseits von Theben, de Cape et d'épée, Taluva ou Burg Appenzell, pour ne citer qu'eux, bénéficient, eux aussi, d'éditions soignées et irréprochables. Même si ce n’est bien sûr pas là l’essence d’un jeu, cela ajoute encore au plaisir de jouer.

Du thème
Au mois de décembre dernier, mon éditorial un peu anecdotique sur les vikings a été assez remarqué dans le microcosme ludique. Parmi les jeux de vikings que je citai alors, Invasions s'est avéré sortir clairement du lot par la prégnance, la justesse et la sophistication de son thème. J'aurais pourtant pu ne pas limiter mon propos aux seuls vikings puisque, de manière plus générale, les jeux au thème fort, original et bien rendu, que celui-ci soit traité avec un sérieux documentaire comme dans Canal Mania, avec un lyrisme cinématographique, comme dans Jenseits von Theben ou Invasions, ou avec un décalage humoristique comme dans Colosseum ou Gloria Mundi, font un retour en force. Ce retour attendu est largement le résultat du fructueux métissage à l'oeuvre entre les écoles de création allemande et anglo-saxonne, métissage dont je me flatte d'avoir été l'un des précurseurs.

Du fun
Invasions et Gift Trap sont tous deux, bien que par des procédés très différents, des jeux particulièrement amusants. L'humour de Gift Trap, ou de Petits Meurtres et Faits divers, est certes dans les cartes figurant les cadeaux que l'on doit offrir aux autres joueurs, ou dans les affaires criminelles à base de jeux de mots foireux, mais il est surtout dans les mécanismes même du jeu qui encouragent l'interaction et les plaisanteries plus que l'investissement stratégique, et en font des jeux particulièrement bruyants. Si Gloria Mundi et Colosseum, ou même Invasions et Battlelore, sont amusants à jouer, ce n'est pas dû à leurs mécanismes, qui demandent à être pris avec le plus grand sérieux pour que le jeu puisse fonctionner, mais à leurs thèmes traités dans un esprit baroque, plus fantasmatique ou humoristique qu'historique.

De la méchanceté
Et puisqu'il n'y a rien de plus fun que de se foutre sur la gueule, du moins dans l'univers réglé et inoffensif du jeu, je tiens à saluer ici encore le grand retour de la méchanceté, de l'agressivité ludique. Habituelle dans les gros jeux de baston à l'anglo-saxonne, comme Invasions ou Battlelore, elle est aussi très présente dans des petits jeux de cartes comme de Cape et d'Epée ou Relikt. Surtout, elle fait un retour dissimulé mais assez violent dans le jeu de plateau à l'allemande, plutôt habitués au chacun dans son coin sur son petit plateau. On ne se tire certes pas dessus à la mitrailleuse lourde dans Zooloretto, Gloria Mundi, Balam, Alturien ou Taluva, mais les occasions n'y manquent pas de faire des coups de pute à ses rivaux. Et ce n’est surement pas par hasard non plus que le fabuleux Ave Caesar est réédité cette année.

S'il fallait un dernier argument pour souligner la force de ces tendances, ce serait sans doute la discrétion avec lesquels les deux gros jeux publiés par les deux éditeurs allemands de référence, Alea et Hans im Glück, ont été acueillis. Notre Dame et Wikinger, auxquels je n'ai pas eu l'occasion de jouer, sont de l'avis général de bons jeux, mais ils ne sont ni très méchants, ni très jolis, et leurs thèmes surtout sont extrèmement artificiels, mal adaptés à des mécanismes par ailleurs astucieux et originaux. C'est sans doute pour cela qu'ils n'ont pas suscité chez les joueurs l'excitation que l'on aurait pu attendre.

The trends

Gorgeous bits
Fire and Axe is a new edition of the Ragnar Brothers’ Viking Fury. I hadn’t even bought the first edition when it was published, due to its terrible components and graphic blandness. Happily, the wonderful edition work of the Asmodée team gave it its real dimension – and it’s a great game.
This heavy concern with graphics and components is one of the best and most noteworthy new trend, mostly but not only with big games. Battlelore, Colosseum, Pillars of the Earth, but also less ambitious games like Gift Trap, Jenseits von Theben, Ruise and Bruise, Taluva or Burg Appenzell, also have been gorgeously illustrated and published. Even when it’s not the essence of a game, it really adds to the gaming fun.

Strong theme
Last December, I wrote a light and anecdotic editorial about the many upcoming Viking games, all scheduled for the first months of 2007. Fire and Axe clearly stands out, because of the strength, the truth and the adequacy of its theme. Vikings are not alone, though, and as a more general rule, game with strong, original and well integrated themes seem to be in fashion. The theme can be dealed with very seriously, almost in a documentary way, like in Canal Mania. It can be dealt with lyrically, like in a blockbuster movie, in Jenseits von Theben or Invasions. It can also be treated ironically, with no real concern for historical accuracy, like in Colosseum or Gloria Mundi. In all ways, however, these are real themes and not just settings for an abstract game. This come back of strongly themed games is clearly the result of the cultural crossbreeding between the German and American schools of game-design, and I’m proud to appear as one of the precursors of this.

Fun
Fire and Axe and Gift Trap are very different games, but both have been designed to be fun. The fun of Gift Trap, or of Petites Meurtres et Faits Divers, is in the gift pictured on the cards, that you will have to give to the other players, or in the criminal whodunits mostly based on bad puns, but it is also in the very mechanisms of the game, which incite interaction and jokes more than deep strategic thinking. That’s why both can be extremely noisy games. Colosseum and Gloria Mundi, or even Fire and axe and Battleore, are also really fun games, but for a different reason. Their mechanisms are really strategic, and must be taken seriously for the game to really work, but their theme has been implemented in a baroque and humorous way, more parody or fantasy than history.

Nastiness
And since nothing is more fun than good old brawl, at least in the harmless and steady world of games, I also rejoice in the great comeback of nastiness and aggressiveness in games. It has always been typical of heavy American style war games, such as Fire and Axe or Battlelore, and is not that unusual in small card games, such as Ruise and Bruise or Relikt, but it was so far something rare in middle weight German style boardgames. Well, players don’t fire at their opponents with cannons and machine guns in Zooloretto, Gloria Mundi, Balam, Alturien or Taluva, but there are nevertheless good occasions for really nasty tricks. And it’s probably not a coincidence if Ave Caesar is also republished this year.

As a last point to show the strength of these trends, I would like to emphasize on the relative discretion with which the two big boxes games published by the two German reference publishers, Alea and Hans im Glück, were received. I've not played Notre Dame and Wikinger, but those who did say that they are clever and challenging games. On the other hand, they have bland graphics, they are not very nasty or interactive, and their themes are not only pasted on, but even largely inaccurate to the game systems. That's probably why these games, that were much awaited, went largely under radar.

   
Les gros jeux
Heavier games
 
 
 
 

À l’américaine
Même si les joueurs s’y affrontent rarement directement, préférant taper à tour de rôle sur les mauviettes du sud, Invasions appartient quand même, par ses mécanismes un peu baroques, par sa violence, par sa forte interaction et par la place non négligeable du hasard, à la famille des gros jeux à l’américaine, dont le renouveau se confirme.
Quelque part entre le wargame et le jeu de figurines, Battlelore est aussi un monstre à l’américaine, même si les parties en sont plus rapides. Si l’on aime la grosse baston, les jolies petites figurines et les lancers de dé, on ne doit pas rater ça.
La thématique de Canal Mania, qui traite du creusement des canaux dans l’Angleterre de la révolution industrielle, est certainement moins cinématographique, mais assez curieusement, on se laisse également prendre à ce jeu qui a un petit goût d’Age of Steam – on fait pire comme référence.

Entre les deux
Balam ne fut édité qu’en quelques exemplaires, à compte d’auteur (mais il en reste encore quelques uns à commander directement à l’auteur). Ce surprenant mélange de jeu de développement à l’allemande et de jeu de baston à l’américaine conte l’histoire de l’empire Maya. Il mérite le détour, surtout pour tous ceux qui, comme moi, ont toujours rêvé dans leurs parties de Puerto Rico de lancer trois dés pour attaquer l’université ou la manufacture du voisin.
Également au croisement des styles européens et américains, Shogun est une nouvelle version de Wallenstein. Curieusement, les mécanismes du jeu, qui n’ont quasiment pas changé, se prêtent aussi bien à la guerre entre seigneurs de guerre japonais qu’entre seigneurs de guerre allemands.
Avec Les Piliers de la Terre, plus d’affrontement direct. Les joueurs bâtissent ensemble une cathédrale, et le but est simplement d’obtenir la faveur du roi (et accessoirement une place au paradis) en étant celui qui aura le plus contribué au chantier. Un matériel superbe, un thème bien rendu et des mécanismes astucieux font des Piliers de la Terre l’un des meilleurs jeux allemands du moment, quelque part entre Caylus et les Colons de Catan, mais avec une véritable histoire à raconter.
Dans Colosseum, les joueurs sont des « impresarios » organisant des spectacles dans les arènes de Rome. La encore, le matériel est superbe, le thème délicieusement décalé, et les mécanismes diablement astucieux. Une valeur sure pour les fans de Wolfgang Kramer, l’un des meilleurs auteurs de jeux allemands.
C’est une autre vision décalée et humoristique de la Rome antique qui apparaît dans Gloria Mundi, imaginé par les compères James Ernest et Mike Selinker. Les joueurs sont des patriciens qui, tandis que les Goths déferlent sur le Latium, s’efforcent de vendre leurs propriétés au meilleur prix et de s’embarquer pour Carthage. Finalement, heureusement qu’on ne l’a pas détruite.
Et puis il y a Imperial. Tout le monde dit que c’est un chef d’œuvre, c’est donc peut-être vrai, mais rien à faire, avec son look diplo, il ne parvient pas à me faire envie, et je ne l’ai donc toujours pas essayé.

À l’allemande
Restent les jeux de style allemand, presque sans thème mais avec des points d’action, des enchères et des cubes en bois. C’est un style dont je me moque volontiers, mais que je suis bien loin de mépriser – d’autant que je me suis parfois aventuré à ses frontières. Curieusement, ma sélection du moment est le fait d’auteurs italiens, preuve s’il en est que parler d’école allemande et américaine, comme je le fais souvent, décrit encore fort bien deux types de créations ludiques, deux traditions, mais ne correspond plus comme il y a une dizaine d’années à des réalités nationales vraiment différentes.
Hermagor, de mon ami Emanuele Ornella, n’est pas sans rappeler l’un de mes jeux préférés, Elfenland – mais un Elfenland bien boosté, un Elfenland hardcore pour gros joueurs. La boite ne paye pas de mine, le thème est assez bateau, mais croyez-moi, c’est du bon gros jeu.
Leonardo da Vinci est un bon gros jeu de gestion dans la lignée des Princes de Florence, de Puerto Rico ou de Caylus. Une belle mécanique ni très belle, ni très originale mais très intéressante à jouer – challenging, diraient les américains.

American style
Even when players rarely fight one another, and spend most of their times slaughtering the southern weaklings, Fire and Axe is clearly an American style monster game, with baroque mechanisms, strong interaction, violence, and die rolls for combat resolution. And it’s good to see something new, fresh and easily playable in this genre.
Somewhere between wargame and minature gaming, Battlelore is also an American style monster game, even when games are really short and fast paced. If you like fantasy, aggressiveness, tiny miniatures and massive die rolls, this is a game for you.
The theme of Canal Mania – building canals in XIXth century England – clearly doesn’t sound as cinematographic, but this clever and highly strategic boardgame is very challenging. It feels a bit like Age of Steam – there are far worse comparisons.

In between
There has been only a few hundreds copies of Balam printed, but the author still has a few left for sale. This surprising mix of German style development game and American style war game tells the story of the Mayan empire. If, like me, you’ve always felt frustrated in Puerto Rico because you could not roll three dice to attack your neighbor’s manufacture or university, you must give it a try.
Shogun, a new version of Wallenstein, is another Amerigame / Eurogame crossbreeding. Quite surprisingly, the systems originally designed for the Thirty Years War work as well in Mediaeval Japan.
No direct fight in Pillars of the Earth. Players are building a cathedral together, and the goal is only to secure the king’s favor(and a seat in heaven) with being the one who most contributed to the building. Great bits, great theme and great mechanisms all make for one of best heavy German games, somewhere between Caylus and Catan, but with a real story to tell
In Colosseum, players are Roman impresarios organizing spectacles in their arenas and trying to attract the mùost spectators. The bits are gorgeous, the theme clever and humorous, and the systems really clever. This is a safe bet for the fans of Wolfgang Kramer, one of the very best German game designers.
Gloria Mundi is another humorous take on Roman history, from the zany minds of James Ernest and Mike Selinker. Players are patricians wh,, while Goths are surging through the Latium, are trying to sell their assets at the best price and flee to Carthago. May be, in the end, it was right not to destroy it.
There’s also Imperial. Thos who played it all say it’s a great game, so there must be some true in it. On the other hand, it looks so unexciting that I never managed to play it yet.

German style
Of course, there are still archetypal German games, with little or no theme but with action points, bidding and wooden cubes. It’s a genre I often mock, but it doesn’t mean I despise it, especially since I myself occasionally designed such stuff. Strangely enough, all my selection of heavy German games has d Italian authors. This probably means that if there are still two separate schools, two separate traditions of game designs, that I usually call for historical reasons “German style” and “American style”, they don’t anymore clearly correspond to different countries.
Hermagor, by my friend Emanuele Ornella, reminds a bit of one of my favorite boardgames, Elfenland, but it’s a hardcore gamers Elfenland. The box and board are not really appealing, but believe me, this is really good heavy game.
Leonardo da Vinci is a heavy management game, in the same style as Princes of Florence, Puerto Rico or Caylus. Nothing really new or original there, but a good and very challenging experience.

 

Les jeux moyens
Middle weight games

Le hasard et la méchanceté
De Jenseits von Theben était déjà paru une édition limitée à compte d’auteur, assez moche, qui fut un succès d’estime d’autant plus remarquable que le microcosme traite trop souvent par le mépris les jeux où le hasard est très présent. Il était donc logique qu’un grand éditeur reprenne ce jeu et le fasse bénéficier d’une édition plus professionnelle et plus facilement trouvable en magasin. C’est chose faite, et la nouvelle édition de ce jeu d’archéologie au thème omniprésent et aux mécanismes bien pensés est absolument superbe. À l’heure où j’écris cet article, je ne sais pas encore quel jeu remportera le Spiel des Jahres, et j’espère que ce sera soit Jenseits von Theben, soit Zooloretto.
S’il y a moins de hasard dans Zooloreto, on y trouve en effet un autre ingrédient peu habituel dans le jeu allemand – la méchanceté. Ne vous fiez donc pas au mignon sourire du Panda en couverture, car ce jeu de gestion de zoo reprend les bases du petit jeu de cartes de Michael Schacht, Coloretto, lequel était déjà un vrai jeu d’enfoirés.
Jenseits von Theben et Zooloretto sont sans conteste les deux jeux allemands au format "familial" qui ont le plus fait parler d'eux, et qui ont été, dans les conventions et salons, les plus abondamment joués. Leur qualité, leur légèreté, leur originalité justifient largement ce succès.
On a moins parlé du marché d’Alturien, si ce n’est pour remarquer la superbe illustration de couverture. Il est vrai qu’avec un jeu très décalé, faisant à la fois appel au hasard et à la méchanceté, sans compter quelques clins d’œil au monopoly, Wolfgang Kramer, qui n’a plus rien à prouver, se paie le luxe de prendre le milieu ludique allemand à rebrousse poil. Soyez complices, vous ne le regretterez pas.

Des cubes de toutes les couleurs
Les jeux avec des cubes de bois de toutes couleurs figurant des marchandises diverses que l’on échange les uns contre les autres, que l’on achète, que l’on gagne, que l’on revend, sont devenus un sous-genre à part entière du jeu allemand.
La famille des jeux d'échange et de combinaison, deux cubes jaunes et un cube vert contre un rouge et un bleu, puis un bleu et rouge contre un gris et un mauve, est notamment représentée cette année par Alchemist, un jeu qui ne paie pas de mine mais qui parvient à renouveler ce genre balisé et souvent linéaire en offrant aux joueurs des stratégies variées et quelques possibilités de bluff. Cet alchimiste n’a rien d’un souffleur et est bien plus futé qu'il n'en a l'air.
Je m’y suis essayé aussi avec Ted Cheatham dans Silk Road, un jeu de commerce sur le thème de la Route de la Soie. Si tous les joueurs y sont dans la même caravane, les autres sont bien plus des concurrents que des partenaires et une certaine méchanceté, là encore, n’est pas absente de ce jeu de « pick-up and deliver », un genre auquel je voulais, depuis bien longtemps, m’attaquer
Il y a également un chameau sur la boite d’Yspahan, et des cubes de bois dans la boite. Le premier gros jeu publié de Sébastien Pauchon est un jeu d’optimisation et de développement de style teutonico-germano-allemand archétypal, qui n’a cependant pas la complexité et la longueur d’un Caylus ou d’un Puerto-Rico. On y lance même quelques dés.
Chez le même éditeur, et dans un style plus sérieux, Caylus Magna Carta est une adaptation très réussie de Caylus en jeu de cartes – enfin, il y a quand même des cubes et quelques jetons, mais il n’y a plus de plateau. C’est plus rapide et plus simple que Caylus, mais fait toujours autant appel aux neurones. N'eut été sa petite boite, je l'aurais presque classé dans les gros jeux.

Thèmes récurents
La construction de cité est également un classique du jeu allemand, et cette année c'est Venise qui est construit. Die Säulen von Venedig fourmille de bonnes idées, mais le jeu est alheureusement inabouti. Venedig, de l'homme qui avait déjà construit Carcassonne, s'avère au bout du compte bien plus satisfaisant.
Midgard et Walhalla sont deux des lieux mythologiques de l'univers nordique, et deux des jeux de vikings parus ces derniers mois. Tous deux sont aussi des jeux de majorité, mais la ressemblance s'aarête lá. Le jeu d'Eric Lang, qui peut passer pour un nom viking tant que l'on n'a pas vu sa photo, est en effet assez agressif, avec des tribus guerroyant pour s'emparer du dernier royaume des hommes. Dans celui d'Alessandro Zuchini, que personne ne prendra jamais pour un nom viking, les vikings sont plus colonisateurs que guerriers, même si l'un ou l'autre finit parfois au banquet d'Odin.
L'exotisme vaguement polynésien ou indonésien de Taluva est un thème rebattu, mais peut sembler plus rassurant. Ce jeu de tuiles au matériel splendide permet pourtant des stratégies bien plus subtiles et sophistiquées, et souvent plus agressives, que son ancêtre Carcassonne. Un achat qui s'impose donc pour tous ceux qui connaissent tous les recoins de la cité médiévale. Dans le même style, mais avec un thème post-apocalyptique nettement moins consensuel, Neuroshima Hex ne prend même pas la peine de dissimuler son agressivité derrière une thématique exotique. Autre jeu agressif, Cave Troll, le jeu de majorité où on se fout vraiment sur la gueule, est enfin réédité, dans une présentation bien plus satisfaisante et avec de nouveaux personnages.
Curieusement, pas de nouveau jeu de trains cette année. Indispensable, car elle renouvelle et rééquilibre le jeu, l'extension USA 1910 pour Les Aventuriers du Rail n'apporte aucune réelle innovation. Reste donc, outre Canal Mania dont nous avons parlé plus haut, Portobello Market, qui est en effet un bon petit jeu de trains assez hâtivement camouflé.
Aux trains, on préfèrera donc cette année les chars, avec la très attendue réédition du fabuleux Ave Cesar, sans doute le meilleur jeu de course jamais publié.

Cinq, sept, douze jeux en un
Stonehenge est une initiative originale. Ce n'est en effet pas un jeu, mais un matériel conçu pour permettre facilement d'imaginer de nouveaux jeux. Cinq règles sont dans la boite, dont la mienne, Le Grand Druide, mais le vrai succès, c’est qu’il y en déjà plein d’autres sur le web.

Luck and nastiness (sorry, untranslatable French pun)
There had been only a few hundred copies of the first home-made and rather ugly edition of Jenseits von Theben, but it was enough to generate some buzz in the little gaming world. This was even more impressing since the game is luck-heavy, and the hardcore gamers microcosm usually despise this. So it was sure that some big publisher will bring this game back in a more professional, and easier to find edition. It has now been done, and the new edition of this strongly themed and cleverly designed archeology game is gorgeously produced. When I write this article, I still don’t know which game will get the Spiel des Jahres, but I really hope that it will be either Jenseits von Theben, either Zooloretto.
Zooloretto has less luck, but it has another element that is rather unusual in German family games – plain nastiness. Don’t trust the cute smile of the Panda on the cover, since this game is based on the same wicked system as the card game Coloretto, which was already one of the most evil card games around.
Jenseits von Theben and Zooloretto were clearly the most discussed new german family games, and the most played in conventions and gaming gatherings. This is not suirprising, gioven their quality, their lightness and their originality.
There has been much less talk about The Market of Alturien, save to notice the gorgeous box illustration. Obviously, Wolfgang Kramer rubs up the German game world, and the Spiel des Jahres jury, the wrong way with this old-style roll and move game, kind of an ironic tribute to Monopoly. Try it, and you’ll find out that it’s luck-heavy, for sure, but also fun and terribly nasty.
There’s also some luck, and lots of opportunity for double guessing and nasty tricks, in Mission: Red Planet, whose English edition was published last fall, and seems to sell much better than the French one did.

Wooden cubes in all colors
Games with small wooden cubes of various colors figuring various types of goods that can be bought, sold, auctioned and traded have become a specific genre in German style game design.
Alchemist is one more game based on a trading system, where you trade two yeallow and one green cube for one red and one blue, then one red and one blue for one grey and one purple. Alchemist doesn’t look new or exciting, but there’s much more in it than meets the eyes. The game is far less linear than most of its kind, and is highly challenging, with many paths to victory, some relying on bluff and others on strategy, without becoming a brain burner
I also made my first serious try at this kind of game with Ted Cheatham, designing Silk Road, a game about merchants, all in the same caravan, trying to make the best business all along the road from China to Europe. Of course, other merchants in the caravan are more rivals than partners, and there’s some wickedness and nasty competition in this “pick-up and deliver” game.
Yspahan also has a camel on the box cover, and wooden cubes in the box. The first big game published by Sébastien Pauchon is a clever management and optimization game, typically German, but it’s not as long and brain burning as Caylus or Puerto Rico, and there are even some die rolls.
The same publisher has another colored wooden cubes game, Caylus Magna Carta, the truthful and clever card game adaptation of Caylus. It’s faster and lighter than the boardgame, but it still requires the same kind of thinking – meaning intricate strategic thinking a few turns in advance. If ot were not for its small box, I could have placed this one with the heavier games.

Classical settings
City building is also commonplace in German style game design, and this year the city being built is Venice. Die Saülen von Venedig probably has more good and original ideas, but the game doesn’t feel really finalized. Venedig, by the man who already built Carcassonne, is more classical but also more satisfying.
Midgard and Walhalla are two mythological places of the Viking universe, and two of the half dozen of Viking games recently published. Both are also majority games, but very different ones. Midgard, by Eric Lang, whose name can sound realistically Viking until you actually meet him at some game fair, is rather aggressive, with Viking tribes warring to take control of the last kingdom of men. In Walhalla, by Alessandro Zucchini– a name who definitely doesn’t sound Viking – the fierce Vikings are more colonizers than warriors, even one occasionally ends at Odin’s banquet.
The vaguely Polynesian or Indonesian exoticism of Taluva is also quite commonplace, and can feel reassuring. This outstanding tile game, with elegant components, is much more involved, subtle and aggressive than its predecessor Carcassonne, and is therefore a must-buy for all those who know by hear all variations of the mediaeval city. In the same style, but in a far less consensual post-apocalyptic setting, Neuroshima Hex is an even more nasty and agressive tile laying game. Cave Troll, the majority game with real fights instaed of negociations, has been finally republished, in a much better edition and with new interesting characters.
There was surprisingly no noticeable new train game this year. The USA 1910 expansion for Ticket to Ride is a must buy, since it really expands the game and makes it feel new, but it has no new idea in it. Well, there are Canals, with Canal Mania, which was already discussed above, and market stalls, in Portobello Market, a good train game hastily disguised as old London market.
So give up the train, and back to the good old chariots of Ave Caesar, the best racing game ever designed, which has been, at last, republished this year.

Five, seven, twelve more games
Stonehenge is a really different idea. It’s not a game, but components deliberately designed to make the development of new games easy and fun. There are already five game rules in the box, including mine, The Great Druid. The real success, however, is that there are already many more on the web.

Les petits jeux
Lighter games

Le style Faidutti
Si j’ai tant apprécié De Cape et d'épée, Relikt, Fiji et Fantasy II, c’est sans doute parce que ces petits jeux quelque peu chaotiques sont assez proches, dans leur esprit, de certaines de mes créations. Le retour de ce type de jeu signifie peut-être que le moment est venu que je me préoccupe sérieusement de trouver un nouvel éditeur pour Castel, l’Or des Dragons ou Corruption.
De Cape et d’Épée est un excellent jeu de cartes plein de personnages et de rebondissements, qui rappelle tout à la fois Corruption et Castel. L’éditeur est même allé chercher – avec ma complicité, il est vrai – l’un de mes illustrateurs habituels, Julien Delval.
Relikt aussi, utilise le système d’enchères à base de cartes que j’avais exploité dans Corruption et l’Or des Dragons, y rajoutant des événements dévastateurs allant jusqu’au « échangez votre camp avec celui d’un autre joueur », qui étaient jusque là ma spécialité. Los Mampfos puis Relikt, cela fait plaisir de voir Rüdiger Dorn, le très sérieux auteur de Goa, se dévergonder un peu.
Quant à Fiji, le dernier jeu tout vert de l’homme aux cheveux verts, il est essentiellement fondé sur des enchères à poing fermé – un système drôle, alliant tentatives de contrôle et résultats parfois inattendus, et qui ne mérite pas le mépris dans lequel le tiennent nombre de joueurs.
Fantasy n’est pas nouveau, mais l’extension Fantasy II, parue cette année, lui donne vraiment une nouvelle dimension, le rendant beaucoup plus varié et moins enfantin.

Plus classique
Il reste quand même des jeux de cartes à l’allemande, plus contrôlables, avec enchères et gestion de sa main de cartes (néologisme tordu pour hand management, et je n’en ai pas trouvé de clair pour set collection).
Il faut d’abord faut signaler la réédition d’un très grand classique, Reibach and Co, sans doute le meilleur petit jeu de cartes allemand (à moins que ce ne soit Coloretto). Les actions, qui ne faisaient guère sens, sont devenus des poules, qui ne le font guère plus, et le jeu s’appelle Gloria Picktoria, qui le fait encore moins. Pourquoi personne ne le publie-t-il jamais avec le seul thème qui fasse sens – des trains ?
Beaucoup se sont pâmés devant les illustrations d’Animalia, que je trouve personnellement surchargées et un peu vulgaires, mais le jeu n’en reste pas moins excellent, une sorte de Coloretto en un peu moins méchant.
Reiner Knizia, spécialiste du genre, a assez peu fait parler de lui cette année, mais on peut quand même citer Great Wall of China, un jeu d’enchères avec des cartes de facture très classique, sans surprise mais très efficace, et où le thème n’a, bien sûr, pas la moindre importance.
Si Knizia se fait discret, beaucoup conçoivent aussi des jeux « à sa manière », parmi lesquels il faut citer le très abstrait, mais intéressant, Voleur de Bagdad de Thorsten Gimmler.
Les jeux abstraits n’étant pas trop ma spécialité, j’ai tendance à préférer les plus rapides, les plus légers, plus proches du morpion que des échecs. Dans ce style, j’ai cette année beaucoup joué à Stixx, un joli jeu de stratégie avec des bâtons de toutes les couleurs et un tout petit peu de bluff.

Deux joueurs
Sans Bruno Cathala, spécialiste et amateur du genre, je ne me serais sans doute jamais vraiment intéressé aux jeux pour deux joueurs. Dans notre Tomahawk, deux tribus indiennes s’affrontent pour les meilleurs territoires de chasse, et accessoirement les plus beaux scalps. Le jeu aurais sans doute été à sa place dans les jolies petites boites carrées de chez Kosmos, il sort dans les jolies petites boites toutes en dorures de Matagot, un jeune éditeur sympathique.
Très actif, Bruno a également publié, avec Ludovic Maublanc cette fois, Mr Jack, une version remaniée et plus aidée à trouver d'une Ombre sur Whitechapel. Les jeux asymétriques ne sont pas aisés à concevoir, celui-ci est un chef d'œuvre.
Tout à fait dans le même esprit, avec des cartes tantôt cachées, tantôt visibles, Richard Garfield, toujours là où on ne l’attend pas, a commis Pecking Order, un jeu de cartes pour deux joueurs particulièrement rapide et dynamique.
C’est à compte d’auteur, sur une simple feuille de papier cartonné à découper, que Marcel-André Casasola-Merkle a publié Juliet et les Monstres, un petit jeu étonnant qui conte l’histoire d’une petite fille qui doit absolument se réveiller avant d’être dévorées par les monstres de ses cauchemars. En principe, c’est deux à cinq joueurs, mais c’est clairement à deux ou trois qu’il faut y jouer.

Faidutti style
Ruise and Bruise, Relikt, Fiji a nd Fantasy are light and slightly chaotic games whose gameplay and general style feels very similar with some of my best known designs. If such games are back, may be it’s time that I seriously look for anew publisher for Castle or Dragon’s Gold.
Ruise and Bruise is a great card game, full of characters and surprises, that feels a bit like a mix between Corruption and Castle. The publisher even managed – with my own complicity – to recruit for it one my usual illustrators, my friend Julien Delval.
Relikt also uses a card based bidding system similar with Corruption and Dragon’s Gold, and adds some devastating event cards with effects like “swap your camp with another player” - the kind of things I used to put in card games a few years ago. Who could have guessed that the authors of Goa will publish, last year, Los Mapfos and, this year, Relikt!!!
Fiji, the last small game by the green haired man is mostly based on closed fist blind-bidding. The game is great fun, with complex strategies and triple-guessing usually ending in totally unpredictable ways. Blind bidding is subtle and fun, and really doesn’t deserve the despise it gets from many gamers.
Fantasy is not new, but the expansion published this year gives a real new dimension to this fun, light, chaotic and
wonderfully illustrated card game, and makes it far less childish.

Classical style
There are stille more classical, controllable German style card game, with auctions, hand management, set collection and like.
First, and old classic, Reibach and Co, the best of the genre with Coloretto, has been republished as Gloria Picktoria. Business shares are now hens, but it doesn’t make much more sense. Never mind, the game is great, and I wonder why no one ever publishes it with the only theme that could make sense – trains.
Many gamers have been ecstatic on the graphics of Animalia, I find them overloaded, bordering on vulgarity. The game, however, is great, something like a lighter and slightly less wicked Coloretto.
Reiner Knizia was relatively discreet this year, but his Great Wall of China is a good card bidding game. Nothing really original, and a pasted on theme, but it works very well.
Nothing else by Knizia in this list, but Thorsten Gimmler’s Thief of Baghdad, a well designed abstract placement game with a pasted on theme, feels like good light Knizia.
Abstract games are not my cup of tea, and that’s why I usually prefer the lighter, shorter ones, games which feel more like Five in row than like Chess. This year, I’ve played many games of Stixx, a game with an hexagonal board, sticks in many colors, and some bluffing to mitigate your strategy.

Two players
Were it not for Bruno Cathala, a specialist of this very special genre, I would probably never have become interested in designing two players games. In our common design, Tomahwak, two Indian tribes fight for the best hunting territories and the longest scalps. The game could probably have fitted into the small square Kosmos boxes, but it al fits well in the nice Matagot book-like boxes, with their funny golden imprints.
Bruno was very active this year, and also published, together with Ludovic Maublanc, Mr Jack an improved and easier to find edition of his Shadows over Whitechapel. Asymetric games are not that easy to design, and this one is a masterpiece.
Richard Garfield’s Pecking Order is a game in the very same style, a fast paced and dynamic two players game also with cards played sometimes faces down, sometimes face up.
Marcel-André Casasola-Merkle has self published on a single cardboard sheet his “Juliet and the Monsters” game, in which terrible monsters are trying, at night, to eat the cute Juliet during her sleep. It’s supposed to be for 2 to 5 players, but it’s clearly best with 2 or 3.

Les jeux d'ambiance et pour enfants
Party and children games

 

Futurs classiques pour toute la famille
Les bons jeux d'ambiance et de communication sont relativement peu nombreux, et je me réjouis d'en voir publiés plusieurs cette année, au premier rang desquels Gift Trap qui se range d'emblée parmi les meilleurs du genre, aux côtés de Taboo ou Compatibility. Offrirez-vous plutôt à votre meilleur ami un week-end à Budapest, une séance avec une dominatrice, un stage de construction d'igloos au Groenland ou une tondeuse autotractée? Les jeux sur le principe "apprenez à connaître vos amis!" sont généralement médiocres et malsains, celui-ci est excellent, drôle, sympathique.
Le principe du Pictionay a été décliné sous mille et une formes qui, le plus souvent, n'apportent pas grand chose par rapport à l'original. Kezako est vraiment différent, un peu du fait des billes et baguettes utilisées pour les dessins, mais surtout parce que les dessinateurs sont deux, qui doivent collaborer sans communiquer.

Hystérie et nonsense
Petits meurtres et faits divers recycle dans un jeu d'enquête policière complètement loufoque le vieux principe des mots imposés devant être casés dans une histoire. Le résultat est jubilatoire.
A Hystericoach, on ne parle plus, on hurle en s'efforçant de couvrir la voix de l'adversaire. Deux joueurs sont en effet les entraîneurs des équipes de football rivales, et doivent communiquer de manière extrêmement réaliste leurs consignes stratégiques aux joueurs.
On reste dans le loufoque avec Santy Anno, résultat étonnant, et détonant, du croisement entre Ricochet Robots et les chaises musicales. Les superbes illustrations de Gérard Mathieu ne font que rendre l'ensemble encore plus drôle.

Pour les petits et les grands
Je suis bien loin de suivre tout ce qui se fait en matière de jeux pour les plus petits, d'autant que les sorties sont très nombreuses. J'ai néanmoins repéré deux jeux qui ont aussi bien fait rire les adultes qui m'entourent.
Trötofant est l'un de ces invraisemblables gadgets qui germent dans le cerveau de Roberto Fraga. Autour d'un tronc en mouvement, des joueurs-éléphants doivent, à l'aide de mirlitons, se saisir des meilleures branches.
Zoch aussi sait faire de jolies choses, et Burg Appenzell n’échappe pas à la règle avec son château en trois dimensions et ses souris baladeuses qui tombent dans les oubliettes. Quelque part entre Labyrinthe et Memory, c’est un jeu où les enfants sont assez forts, mais qui n’en intéressera pas moins les plus grands.

Avec un matériel bien plus modeste, un simple jeu de cartes et un amusant porte-cartes, Ma-ni-tu est un amusant petit jeu de mémoire dans lequel les joueurs doivent répéter des phrases de plus en plus longues.

 

Classics of tomorrow
There are not that many good party and communications games, so it’s good to see a few new ones this year, first of all Gift Trap, which is one of the very best, a future classic, on par with Taboo or Compatibility. What gift will you give to your best friend ? A week-end in Budapest, a night with a dominatrix, an igloo building course in Greenland or a Western saddle? Most “learn to know your friends” games are usually boring and/or unhealthy, this one is fun, clever and good-natured.
The Pictionary idea has been overexploited in many mediocre variations which did not really add to the original. Kezako – a reprint of Wat’n’Dat – is great, in part because of the Chinese marbles and plastic bars used for drawing, but mostly because two illustrators must collaborate without communicating in any way. Unfortunately, all word cards are in French, but may be there’ll be an English version some day.

Hysteria and nonsense
Petits meurtres et faits divers recycles in a zany whodunit games full of terrible puns – unfortunately only in French – the old TV newsreader game where you must try to use a given, and usually exotic, word in your speech. It’s great fun – but untranslatable.
Hystericoach has no language problem. Here, players don’t talk, they shout. Two players play the role of soccer coaches and must, in a very realistic and noisy way, communicate with their players who are moving the team players on the board.
Another zany and atypical game is Santy Anno, the strange and explosive mix of Ricochet Robots and Musical Chairs? It’s made even more fun by the wonderful cartoons by Gérard Mathieu.

For young and old gamers
I’m not up to date with all the children games published, and there are hundreds new ones every year. I nevertheless occasionally have a look at them, and this year I’ve noticed two interesting ones that are also fun and challenging when played with adults, or even when played by adults only.
Trotofant is one of the zany gizmo game by Roberto Fraga. Players are elephants using kazoos (figuring their trumps) to catch light branches on a rotating cardboard
Zoch also has always been god at original and nice looking components. This year, it’s the 3D castle of Burg Appenzell, with its cute mice falling into the dungeon cells. The game feels a bit like a mix between Memory and Labyrinth, which means that children are really good at it, but adults will enjoy it as well.
Ma-Ni-Tu has more modest components – a deck of cards and a cute card holder – but this light memory game in which players must repeat abstract sentences that are becoming longer and longer is really a blast to play.

Quelques détails sur mes jeux à moi
More about my own designs

Cette année 2006-2007 particulièrement riche en jeux, et en bons jeux, a été en ce qui concerne mes créations personnelles relativement modeste.

Mission Planète Rouge, conçu avec Bruno Cathala, sorti l’année précédente en France, était passé relativement inaperçu. Cela m’avait peiné car je pense que c’est l’une de mes meilleures créations. Je suis donc réconforté par le franc succès de son édition américaine. Je l’avais d’ailleurs pressenti puisque, à un Croc qui hésitait un peu à traduire ce jeu en anglais après son échec français, j’avais assuré qu’il correspondait plus à l’esprit américain. Et ça aussi, c’est un jeu du thème, de la méchanceté et du fun.

Silk Road, jeu de commerce conçu avec Ted Cheatham, est sans doute de facture plus classique, plus allemande, mais il est aussi assez méchant, et a été plutôt bien reçu par la critique. Le principal reproche qui lui est fait concerne son prix et je reconnais que, surtout en Europe, le jeu est assez cher pour un matériel certes très élégant, mais assez modeste. Cela explique sans doute des ventes, là encore, un peu décevantes, maios j’espère que le bouche à oreille le fera peu à peu démarrer.

Tomahawk est un petit jeu à deux joueurs conçu avec Bruno Cathala, spécialiste du genre. S’il était sorti trois ou quatre ans plus tôt, lorsque nous l’avions conçu, il aurait peut-être paru plus original. Notre petit jeu a sans doute souffert d’appartenir à une famille déjà bien nombreuse, celle des Cesar et Cléopatre, Battle Line, Balloon Cup, Dynasties et une dizaine d’autres. Les ventes en sont pourtant très honorables pour un petit éditeur, ce qui montre je ne dois pas être le seul à penser que c’est l’un des plus variés et des plus dynamiques du genre.

Les premières critiques de Stonehenge sur le Boardgamegeek sont assez mitigées, mais je ne m’attendais pas vraiment à un enthousiasme démesuré. Réunir cinq auteurs pour imaginer cinq jeux différents avec le même matériel était une gageure, et les jeux ne pouvaient qu’être relativement peu ambitieux. Notre vrai succès est d’être parvenu à concevoir un matériel qui excite véritablement la créativité, et à partir duquel chacun est tenté de créer ses propres règles, son propre jeu. Les nombreuses règles déjà postées sur le site de l’éditeur montre que ce pari est en train de réussir.

2006-2007 year was a good year for games, and especially for good games, but a relatively modest for me.

Mission: Red Planet, designed with Bruno Cathala, had been published in France one year earlier, and went largely under radar. I was sad of it, because it’s a design I’m really proud of. That’s why I’m really comforted by the success of the US edition. In fact, I had almost guessed it, since when Croc, of Asmodée, was not sure he will publish it in English, I assured him that this game was formatted for American gamers. And, well, this game is totally in this year’s mood – thematic, nasty and fun.

Silk Road, a collaboration with Ted Chatham, is a more classical, German style, design. It got rather good reviews, the most frequent criticism being a high price for elegant but modest components. It’s true that the game is expensive, especially in Europe. That’s probably why its sales are still modest, but I have good hopes the word of mouth will make it a lasting success.

Tomahawk is a two players game designed together with a specialist of this genre, Bruno Cathala. If it had been published when we had designed it, three or four years earlier, it would certainly have felt more original. It suffered from being one more member of a very large family, with Caesar and Cleopatra, Battle Line, Balloon Cup, Dynasties and a dozen more. Well, it doesn’t sell that bad for a small publisher, which means that other people probably also think it’s one of the most varied and dynamic in its genre.

The first reviews of Stonehenge on the Boardgamegeek are a mixed bag, but I wasn’t really expecting delirious enthusiasm. Five designers making five different games with the same components was a real challenge, and none of our games is really ambitious. Our real success was in designing a set of components that really stimulates creativity and with which anyone can design his own game. The many rules already posted on the publisher’s website mean that we’ve made it.

 

Tous les autres

Cette liste de recommandations peut déjà sembler longue. Elle pourrait pourtant l'être plus encore si j'avais joué à un plus grand nombre de nouveautés. Le nombre et la qualité des jeux publiés obligent à faire des choix. Je n'ai pas acheté tous les nouveaux jeux qui me faisaient envie, et je n'ai pas joué à tous ceux que j'ai achetés ou que l’on m’a gentiment offert. Bien sûr, j'ai délaissé ceux qui semblaient avoir moins de chances de me plaire, soit que les premières critiques soient très défavorables, soit que la lecture des règles ne m’ait pas excité, mais j’ai pu me tromper – j’ai bien failli ne jamais jouer à Alchemist dont les règles ne m’inspiraient guère, ou à Alturien qui a eu ailleurs de mauvaises, et injustes, critiques. Donc, si quelques jeux ne sont pas dans cette liste parce que j'y ai joué et ne les ai pas aimés, beaucoup plus nombreux sont ceux auxquels je n'ai pas joué, et que j"aurai peut-être appréciés.

Ce sera sans doute pire encore l'an prochain, avec d'une part des nouveautés de plus en plus nombreuses et de plus en plus intéressantes, et d'autre part des prototypes exigeant des tests et réglages assez fins. Sans compter que j'ai un peu envie de me mettre sérieusement à Heroscape... Je crains dont, une fois de plus, d'avoir, plus de mal encore à jouer à tous les jeux qui mériteraient au moins d'être essayés.

And all the other games

This list of recommended games is already quite long, but it could have been even longer if I had played more of the many new games published. There are so many new games, and it seems so many good ones, that I had to make drastic choices. I did not buy all the new games which look interesting or exciting, and I have not played all the ones I have bought or I have been given. Of course, I’ve first dismissed the ones that were least likely to please me, because the first reviews on the web were bad, or because the rules sounded bland, but I can always be wrong. I nearly of which I had read a bad and unfair review. Of course, some games are not in this list because I played them and didn’t like them, but there are many more I didn’t play and could, may be, have liked.

Things may be even worse next year. On the one hand, there will probably be even more and better new games. On the other hand, I already have a few prototypes which need lots of tuning and playtesting. And I'm thinking of buying a few Heroscape sets. I'm afraid that, once more, I won't find the time to play all the games which deserve to be played.

Et n'oubliez pas...

Si vous souahitez acheter l'un des jeux que je vous recommande (ou même un autre), vous pouvez le faire auprès des boutiques partenaires de mon site, Funagain aux États-Unis, Au Coin du Jeu et Jocade en France. Si vous le faites à partir des liens ci-dessus, ou de ceux qui figurent dans les pages des jeux dans ma ludothèque idéale, cela me rapportera un petit crédit et, les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, me permettra au bout du compte d'acheter et d'essayer quelques jeux supplémentaires.

Si vous êtes éditeur, vous pouvez aussi m'envoyer gentiment vos nouveautés. Elles ne seront pas traîtées différemment des jeux que j'achète, et je ne vous promet pas qu'ils seront dans mes recommandations de l'an prochain, mais du moins aurez vous l'assurance que je ne les aurai pas bêtement ignorées.

Don't forget...

If you want to buy one of the games I recommand (or even any other game), you can use my partner links to Funagain in the USA, Au Coin du Jeu and Jocade in France, either from her or from the game entries in the ideal game library. When doing so, a small percent will be credited to me, and this will help me buy and playtest a few more games.

If you are a publisher, you can also kindly send me your new games. They will be treated exactly like the ones I buy, and I can't promise you they will end in next year's list, but at least you'll be certain I have not simply overlooked them.

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