Buzz vs Intuition
Buzz vs Intuition


Le jeu et les femmes
Women and gaming


Plusieurs jeux en un
Several games in one


Je suis censé être un économiste
I'm supposed to be an economist


Après la fête
After the Party


Minimalisme
Minimalism


Occupying
Occupying


Imprévisibilité
Unpredictability


Editorial - Dinosaures
Editorial - Dinosaurs


Sélection pour mon jeu de l'année
Nominated list for my game of the year


Extensions
Expansions


Le Rasoir d'Ockham
Ockham's Razor


Rencontres ludopathiques 2011
2011 Ludopathic Gathering


Fun
Fun


Obsolescence
Obsolescence



Plus/More ...


Mon jeu de l'année 2011

My 2011 game of the year

Encore une fois ?

Début juillet, c’est le moment ou, traditionnellement, je publie un long article qui présente mon « jeu de l’année » et profite de l’occasion pour faire un bilan de l’année ludique ludique. Ces derniers mois, je pensais y renoncer, au moins provisoirement, mais je viens de changer d’avis.

One more time ?

Every year, in early July, I usually write a long article in which I award my very own “Game of the Year” award, and make a detailed report of the boardgaming year. These last months, I have considered giving up, at least for 2011, but I just changed my mind.

Cela fait treize ans que je décerne mon prix à moi, le pion barbu du jeu de l’année de Bruno Faidutti.
Au début, tout était facile. Les jeux publiés étaient assez peu nombreux, leur qualité souvent très inégale, et j’avais vite fait le tour de ceux qui pouvaient m’intéresser. Il sort sans doute sept ou huit fois plus de jeux de société aujourd’hui qu’en 1998, et la culture ludique s’étant largement répandue, leur qualité s’est, la plupart du temps, grandement accrue. Ce n’est sans doute pas un problème pour les vrais jurys comme celui du Spiel des Jahres, dans lequel une douzaine de jurés peuvent se partager un premier travail de tri avant de ne jouer ensemble qu’aux quelques jeux sélectionnés par l’un ou l’autre. Cela remet en revanche en cause la démarche qui était la mienne du prix décerné par une seule personne, aussi spécialiste soit-elle.

Dans le même temps, cette année 2010-2011 a été pour moi un peu particulière. M’étant mis en tête de préparer l’agrégation d’histoire, que j’ai assez piteusement ratée, j’ai consacré plus de temps à la lecture et, par voie de conséquence, beaucoup moins aux jeux.
J’ai donc joué cette année à une sélection plus restreinte parmi un nombre plus important que jamais de nouveautés dignes d’intérêt, ce qui ne pouvait que diminuer la valeur de mon « jeu de l’année ». Il y a quelques jours, discutant avec mon ami Marc Laumonier, avec lequel je joue souvent et dont je sais les goûts proches des miens, je lui demandai quels étaient, selon lui, les meilleurs jeux de ces derniers mois, les jeux du moment. Des quatre jeux qu’il cita en réponse, Railways of the World card game, Qwirkle, Tikal II et Les Châteaux de Bourgogne, je n’avais joué à aucun ! J’ai joué depuis à Qwirkle, qui entrera dans la ludothèque idéale mais ne sera certainement pas mon jeu de l’année, mais je dois encore essayer les trois autres.

Lorsque j’ai imaginé de décerner « mon » jeu de l’année, à la fin des années 90, les récompenses de ce type étaient encore peu nombreuses. Depuis, elles se sont multipliées, et M. Phal s’est par exemple vanté sur Tric Trac d’être membre du jury de 23 prix ludiques.  D’autres sites web ont également entrepris désigner leur jeu de l’année. Mon prix à moi est donc devenu un prix de plus, noyé dans la masse (et même un 24ème prix que je ne pourrai vraisemblablement jamais remporter).

I’ve been awarding my own bearded Game of the Year for thirteen years now. In the first years, it was very easy. There were few published games, and even fewer challenging and interesting game, so I could easily have a look at all the games which deserved some attention. There are now seven or eight times more games published every year and, with the spread of gaming culture, their overall quality has greatly improved. It’s probably not a real problem for “real” juries, like the Spiel des Jahres one, in which a dozen jurors can share the first selection work, and then only play the game favored and brought by one or the other. It makes things extremely difficult for a single person jury, even when highly specialized like I am.

This 2010-2011 year was also quite special for me. I took up studies again and prepared a highly competitive exam – which I failed – and therefore spent more time in reading and less in gaming and designing games.
As a result, I played a smaller selection from the much greater production of games worth checking and playing, and this can only make my “game of the year” award less significant. A few days ago, I was talking games with one of my friends, Marc Laumonier, with whom I often play and whose tastes in games are usually similar to mine. When I asked him what were the best games of the year for him, he answered Railways of the World card game, Qwirkle, Tikal II and The Castles of Burgundy – I had not played any of these games. Well, I’ve since played Qwirkle and, while it will probably enter the ideal game library, it certainly won’t be my game of the year.  I still have to play the three other games.

When I first awarded “my” game of the year, in the late 90s, there were still very few gaming awards. Since then, there has been many new ones, to the point that Mr Phal, Tric Trac’s webmaster, could boast being a member of 23 different game award juries. Other websites also have started putting forward games of the month and game of the year. My award is now one among many – and probably a 24th one I have no chance of ever getting. 

Toutes ces raisons auraient pu me faire renoncer à attribuer un prix qui a perdu une partie de sa signification et de sa visibilité. Après des semaines d’hésitation, j’ai pourtant finalement décidé de décerner encore mon jeu de l’année, au moins en 2011, même si j’hésite encore sur le gagnant.

La qualité des jeux publiés continue plutôt à s’améliorer. J’ai joué cette année à beaucoup d’excellents jeux, largement aussi intéressants et excitants que ceux auxquels j’avais décerné mon prix les années précédentes. Par conséquent, même si mon choix est fait dans un échantillon moins vaste et représentatif qu’à l’accoutumée, sa qualité n’en sera pas moindre pour autant.

Si les sites webs et prix ludiques sont devenus nombreux, la ludothèque idéale et mon jeu de l’année n’en conservent pas moins une spécificité, leur éclectisme. Alors que les prix officiels sont plus ou moins contraints de braquer le projecteur sinon sur des jeux de grands éditeurs, du moins sur des jeux déjà un peu connus et plus ou moins consensuels. Seul dans mon coin, souvent curieux des jeux d’auteurs inconnus ou de petits éditeurs, je peux plus facilement me permettre, comme je l’avais fait l’an dernier avec Linq, de mettre en avant un jeu un peu hors normes, qui ne correspond parfaitement ni au format « familial » standard, ni au format « gamer » standard. Le fait que le Spiel des Jahres, le prix ludique le plus connu et le seul qui fasse réellement vendre, vienne d’être attribué à Qwirkle, et son nouveau pendant « joueurs confirmés » à 7 Wonders, deux jeux certes de grande qualité mais qui rentrent parfaitement dans ces deux formats standards, n’a pas peu contribué à me décider. Après, je ne m’interdis pas non plus de rentrer dans le format, mais je ne m’en sens pas obligé.

Mon site web me permet de présenter les jeux que j’apprécie, et mes réflexions sur le monde du jeu et sur la création ludique. Il fait aussi, avec je pense une certaine efficacité, la promotion de mes jeux. Ces derniers mois, je m’en suis moins occupé, et sa fréquentation a cessé d’augmenter, et ce malgré une actualité ludique personnelle assez dynamique. Bref, il faut que je me remette à faire des mises à jour fréquentes, à écrire des critiques et des articles de fond – et la réflexion sur un jeu de l’année en est une excellente occasion.

For all these reasons, I could have abandoned an award which has lost most of its meaning and exposure. I hesitated for quite long, but finally decided to carry on for at least one more year, even when I still really hesitate on the winner.

The quality of the games published is regularly improving. I’ve played many great games this year, games as or even more exciting and challenging than the ones which got my award in the thirteen last years. this means that even when I chose the winner in a less exhaustive selection, the winner will still be a great game and stand comparison with its predecessors.

There are many more boardgaming websites and boardgames awards, but my ideal game library and my game of the year award still have something special – eclecticism. While official awards are more or less bound to promote if not games by mainstream publishers, at least games which have already had some success and are more or less consensual. As a single man jury, often eager to try games by smaller publishers and unknown designers, it is much easier for me to promote a game which doesn’t fit in the standard “German family” and “hardcore gamers” standards. That’s what I did last year with Linq. The Spiel des Jahres, the only boardgame award with a significant effect on sales, has just been awarded to Qwirkle, and its new hardcore gamers spin-off to 7 Wonders, two really good games which fit perfectly in the required standards. This doesn’t mean I won’t award a game which has the perfect standard format, it only means that I won’t feel bound to do it.

I use my website to present games I like, and to publish my reflections on the boardgame hobby and on game design. It is also a rather efficient promoting tool for my own game designs. These last months, I’ve been less active on the web, and I’ve not updated it as regularly as I used to. As a result, its audience has stopped growing, even when I had some new games published. This means I need to start again regularly posting significant updates, and my yearly award and report article should be a good start.

Première sélections
Nominated games

Bref, j’ai finalement décidé qu’il y aurait un jeu de l’année 2011 de Bruno Faidutti, comme il y en a eu depuis 1998. Je me suis donc arrêté sur une liste d’une douzaine de « nominés », à laquelle, si je n'en étais pas l'auteur, j'aurais certainement ajouté Isla Dorada, que je tiens pour la meilleure de toutes mes créations.

So, there had to be 2011 Bruno Faidutti game of the year, like there has been every year since 1998. I’ve made a first selection of twelve nominated games. If I were not its main designer, I would probably have included in this list Isla Dorada, which I consider to be my best design so far.

 
Tory Niemann
Alien Frontiers
Ian Cooper
Ascending Empires
James Ernest
The Big Idea
Alain Ollier
The Boss

Un jeu de gestion et de placement d’une facture très classique, à l’allemande. Alien Frontiers est cependant dynamique, méchant, amusant, plein d’humour, tout ce qui manque trop souvent aux jeux allemands, et qui le rendait sans doute inéligible à la plupart des prix « officiels ».

Ma dernière découverte est un jeu dont j’avais rêvé, mélange de gestion et d’adresse, une sorte de Starcraft light avec des pichenettes. Cela aurait pu n’être qu’une plaisanterie un peu bâclée, mais Ian Cooper a pris le temps d’en faire un vrai jeu varié et équilibré. Ce jeu semble curieusement être passé totalement inaperçu.

Ce n’est pas vraiment une nouveauté, mais il y a plus de cartes dans la nouvelle édition, et cela donne tout de suite au jeu une nouvelle dimension. J’aimerai bien une extension avec encore plus de cartes, mais pour cela, il faut que le jeu se vende, et c’est donc une très bonne raison d’en faire mon jeu de l’année. The Boss ressemble un peu aux jeux de cartes que je faisais il y a une vingtaine d’années, souvent basés sur le bluff et l’information incomplète. Bref, un jeu dans le style de mon Corruption, mais en mieux. Il m’était difficile de ne pas le faire remarquer.

A German style management and placement game, but dynamic, nasty, fun and full of humor. These characteristics are usually lacking from most eurogames, and that’s probably why it wasn’t eligible for the mainstream awards.  

My very last unexpected discovery is a fun mix of management and dexterity. It feels like a light version of Starcraft played on a Crokinole board. This could have been just a clever joke, but it’s actually a well designed, well balanced and highly replayable board game. Surprisingly, it has gone largely under radar so far.

It's not really a new game, but it' s back in a new edition – well, only in French so far, but the English language version is coming. It already has more cards than the cheap first versions, but I would like an expansion with even more, and that could be a good reason to push it a bit with my Game of the year award.

This card game feels a bit like the games I used to design twenty years ago, based on bluffing and incomplete information. It’s like a more sophisticated and probably much better version of Corruption, and I could not ignore it.  
 
Michael Rieneck
Lemming Mafia
Andreas Steding
Norenber
Jesus Torres Castro
Palacio de Viana
Laurent Escoffier, Marc Tabourin
Photo Party

Les jeux de parcours ont rarement très bonne presse, étant tous un peu vite assimilés à de simples jeux de l’oie. C’est pourtant un genre que j’apprécie énormément et celui-ci est un chef d’œuvre du genre. Je comprends d’autant moins qu’il soit passé inaperçu que Michael Rieneck est maintenant un auteur de premier plan.

Comme tous les jeux d’Andreas Steding, Norenberc est un gros jeu de gestion à l’allemande, très stratégique. J’aime beaucoup Troyes, mais je trouve que Norenberc, dont on a beaucoup moins parlé, est encore meilleur, et c’était une bonne raison pour le primer.

Jesus n’a pas eu beaucoup de chance avec son premier jeu édité, Palacio de Viana, qui est à peu près introuvable. J’aurais pu en faire mon jeu de l’année pour faire pester tous ceux qui ne l’ont pas, mais j’attendrai sans doute qu’en sorte une nouvelle édition mieux distribuée.

Encore un jeu débile basé sur une idée stupide – mais c’est comme cela qu’on fait les grands jeux, les jeux crétins-malins. Alors, bien sûr, c'est peut-être un peu léger pour le jeu de l’année, mais pourquoi pas.

Racing games are not very popular among hardcore gamers, who sometimes ignore that they are not all simple roll and move games. It’s a genre I really like to play and to design, and Lemming Mafia is a really good one. It went totally unnoticed so far. It’s surprising, since Michael Rieneck is now a well established game designer.

Like all games by Andreas Steding, this is a heavy euro-style management game. I really like Troyes, but I think that the less praised and less talked about Norenberc is even better, and this could have been a good reason to give it the award.

Jesus was unlucky with his first published game, Palacio de Viana, which is very hard to find. I could have awarded it mly game of the year, if only to make all the gamers who would not be able to find a copy jealous, but I’ll probably wait until there is a new edition available everywhere.

One more goofy game based on a stupid idea – but it doesn’t mean it’s not great. It’s probably a bit light to become my game of the year, and not really a card game – it also requires a camera – but it’s good fun.

 
Klaus Teuber
Settlers of America
Antoine Bauza
7 Wonders
Hervé Marly
Skull and Roses
Jeff Siadek
Who Would Win

J’aime beaucoup les colons de Catan, j’aime bien les jeux de train style Age of Steam. Le mélange des deux aurait pu être un énorme soufflé indigeste, et je ne peux qu’applaudir Klaus Teuber d’avoir réussi une synthèse passionnante. C’est peut-être un peu long, c’est vrai, mais il s’y passe tellement de choses.

7 Wonders est sans doute le jeu qui a le plus fait parlé de lui cette année, et définitivement fait d’Antoine Bauza un auteur de premier plan. Rien à dire, c’est mérité. Un système de draft original, un jeu rapide quel que soit le nombre de joueurs, un jeu très riche sans jamais être vraiment complexe. C’est finalement beaucoup plus agréable à jouer que Dominion et ses clones.

Cela faisait des années que je suis les versions successives de la roulette russe, puis moldave d’Hervé Marly, finalement publiée sous le nom de Skull and Roses. C’est sans doute parce que j’y ai trop joué que j’ai moins envie d’y rejouer qu’à d’autres jeux de cette liste, mais c’est un chef d’œuvre, la quintessence du jeu de bluff.

Un jeu de tchatche, finalement assez proche de The Big Idea. Si j'avais décidé de primer un jeu d'ambiance, j'aurais eu du mal à trancher entre les deux.

I still like playing Settlers of Catan, and I also like train games like Age of Steam. I was a bit wary of the mix, which could have been heavy and inidigestible. Cheers for Klaus Teuber  for machieving an incredibly challenging synthesis – if may be a bit long.

This was probably the most discussed game on the gaming forums this year, and definitely made Antoine Bauza a major game designer. The draft system makes it fast paced no matter the number of players, and it’s rich and intricate without ever feeling overcomplex. In the end, it’s much more fun to play than Dominion and all its clones.  

I’ve seen the successive prototype versions of Hervé Marly’s Russian, then Moldavian, roulette for ten years or so. Now that’s its published as Skull and Roses, I have less urge to play it again than other games on this list, but it’s probably because I’ve already played it far too much. This extremely simple game is the quintessence of bluff.

This talk and talk game is, in the end, a bit similar to the Big Idea. If I had decided to go for a party talk and talk game, it would have been difficult to chose one over the other.

 
D'autres bons jeux
Other really good games
Et puis, il y a tous les jeux qui auraient pu être dans la liste, qui y auraient pêut-être été si je l'avais faite plus longue, ou quelques semaines ou quelques mois plus tard, ou simplement si j'avais été d'une humeur un peu différente.
And all the games which could have been in this nominating list, and which would probably be there if I had made it longer, or if I had made it a few weeks or a few months before, or only when I was in a different mood.

Et puis, il y a tous ceux dont des gens en qui j'ai toute confiance m'ont dit qu'ils étaient excellents, mais auxquels je n'ai pas encore réussi à jouer, les Tikal II, Charon, Felinia, Letters from Whitechapel, Mammut, Die Speicherstadt, Les Châteaux de Bourgogne, Lancaster, Olympos, Yggdrasil, London, Nuns on the Run, Mansions of Madness, Mousquetaires du Roi, Barons …

Comme je l'ai dit plus haut, il n'est plus possible de jouer à tout. J'essaie de jouer aux jeux dont le thème ou les mécaniques devraient me plaire, ceux conçus ou publiés par des amis, ceux qui viennent de petits éditeurs inconnus mais à priori sympathiques, et tout ce qui a l'air vraiment bizarre. Le hasard a aussi sa place, lorsque des amis me font jouer à un jeu dont j'ignorais jusqu'à l'existence - merci à Marc pour m'avoir fait jouer à The Boss - ou lorsque, profitant de mes avoirs sur telle ou telle boutique, je commande pour faire bon poids quelques jeux prix un peu au hasard parmi les nouveautés. C'est comme cela que j'ai acheté chez Infinity Games le jeu qui allait devenir mon jeu de l'année, et dont je n'avais jusque là pas entendu parler. J'en ai donc certainement raté beaucoup.

There are also tons of games that have been describe to me as outstanding by friends I can really trust on this, but that I have not tried yet. Among many others are Tikal II, Charon, Felinia, Letters from Whitechapel, Mammut, Die Speicherstadt, Castles of Burgundy, Lancaster, Olympos, Yggdrasil, London, Nuns on the Run, Mansions of Madness, Musketeers vs Milady, Barons …

As I wrote before, it's not possible any more to play everything, and to make exhaustive reports of novelties. I tend to play games whose themes or mechanisms I will probably like, games designed or published by friends, games coming from small independant publishers, and anything looking really weird. It's not only about choice, it's also about luck. I played The Boss at Marc, as a light ender, but had never heard of this game before. I ordered Ascending Empires more or less randomly from Infinite Games to go with an order of some other games I was more interested in. This means there are certainly dozens of other games which could have deserved a picture of their cover here, and an entry in my ideal game library.

 
Tendances
Trends

Prolifération

Les années précédentes, ce bilan annuel était aussi l'occasion de pointer les grandes tendances, du côté des auteurs et des éditeur comme, pour autant que l'on puisse les observer, de celui des joueurs. La tendance principale, j'ai même failli écrire le problème principal, me semble toujours celle que j'avais déjà point l'an dernier : le nombre toujours plus élevé de nouveautés, que j'ai déjà discuté plus haut, ainsi que dans un récent éditorial, et sur lequel je ne vais pas m'attarder à nouveau, si ce n'est pour remarquer qu'il résulte de deux phénomènes distincts.

D'une part, certains éditeurs européens ou américains ot une politique éditoriale un peu folle, consistant à publier une bonne dizaine de jeux, voire deux dizaines, augmentant fortmenet leurs coûts mais pensant augmenter ainsi les chances que l'un d'entre eux soit un réel succès. Mon jeu de l'année est d'ailleurs produit par l'un de ces éditeurs particulièrement prolifiques, ce qui peut en partie expliquer qu'il soit jusqu'ici passé inaperçu.

D'autre part, de nombreux jeunes auteurs se lancent dans l'auto-édition, une activité bien plus facile et financièrement sinon moins risquée, du moins moins coûteuse qu'elle ne l'était il y a une dizaine d'années. Le développement des plateformes de financement coopératif de style Kickstarter peut même permettre à une petite structure de lancer des projets relativement ambitieux. Un excellent jeu comme Alien Frontiers n'aurait jamais pu voir le jour autrement.

 


Proliferation

Last years, I also used this yearly report to point at the main trends in the gaming world, trends with authors and oublishers and, as far as I can see or guess them, with gamers. The main trend, and probably the main problem, is the same as last year : the ever growing number of new games published. I've already discussed this here over, as well as in a recent editorial, so I won't go into details again, except to note that this proliferation is the result of two different changes..

First, some europeans and american middle-size publishers have opted for a risky business model. They publish one or two dozen new games every year, increasing their costs, but also increasing the odds that one of them will be a real hit. My game of the year is the result of such a policy, having been published by one of the most prolific publishers, and this might be the reason why it went largely unnoticed so far.

Second, more and more young authors are self-publishing their designs, or starting small size game companies. This is much easier and much cheaper than it was a few years ago, even when the odds for success are not necessarily much higher. Funding platforms such as Kickstarter even allow smaller structures to try ambitious projects, and that's how a great game like Alien Frontiers was published.


La fin des monstres

Conséquence sans doute de cette profusion, de ce véritable pullulement de nouveautés, les joueurs les plus avertis prennent de moins en moins le temps de s'impliquer dans des jeux de plusieurs heures, avec de longues règles, ou demandant plusieurs parties pour être appréciés à leur juste valeur. Même les jeux de deckbuilding, qui se jouent rapidement mais demandent un réel apprentissage, ne semblent pas connaître le succès auquel, il y a un ou deux ans, on pouvait les croire destinés.

Fort logiquement, les éditeurs s'adaptent à leur marché et délaissent eux aussi les monstres, leur préférant des jeux de de cartes légers, des jeux au format familial, voire des "party games". Ce n'est sans doute pas un problème pour moi, dont les jeux complexes et stratégiques, demandant des années de réglage, n'ont jamais été la spécialité, mais c'est un peu dommage pour le monde du jeu dans son ensemble. Il y a bien sûr quelques exceptions, grâce à des auteurs têtus et exigeants comme Martin Wallace, Andreas Steding, Corey Konieczka ou Philippe Keyaerts, mais je ne suis pas sûr que les joueurs les suivent encore longtemps.

On m'objectera sans doute que c'est justement cette année que le jury du principal prix ludique, le Spiel des Jahres allemand, a imaginé de décerner un prix spécial "jeu pour joueurs", pour lequel le pion rouge devient gris foncé. C'est certes une reconnaissance du micro-milieu des gros joueurs, mais c'est aussi un moyen d'orienter plus clairement et irrévocablement que jamais le prix principal, le rouge, vers des jeux légers, familiaux, rapides - comme Qwirkle. En outre, ce n'est cependant pas par hasard que le premier Spiel des Jahres "hardcore" a été décerné à 7 Wonders, un jeu certes complexe et exigeant, mais néanmoins très rapide.

No more monsters

Due to this proliferation of new games, even the most dedicated gamers can't find the time to play games lasting several hours, or with long rules, or requiring a few games before they can be really understood and mastered. Even deckbuilding games, which usually play fast but have a slow learning curve, are not as successful as we all thought they will be, one or two years ago.

As a result, publishers are also wary of heavy games, and focus on lighter stuff, card games, middleweight "family" games, even party games. It's not a problem for me, since , since heavy strategic games requiring years of dedicated testing have never been my specialty, but it's a shame for the gaming world as a whole. Of course, there are still some stubborn authors like Martin Wallace, Andreas Steding, Corey Konieczka or Philippe Keyaerts, but I'm afraid they'll soon have fewer and fewer gaming followers.

Some may argue that this year the Spiel des Jahres jury, the most influent gaming award, decided to award from now on a special "harcore gamers" award, represented by a black pawn instead of the usual red one. Of course, it's an acknowledgement of the importance of the little gaming world centered on the Boardgamegeek website, but it's also a way to clearly and definitely reserving the main award, the red one, to lighter, faster, family games - like Qwirkle. Furthermore, it's interesting to notice that the first "black" Spiel des Jahres was awarded to 7 Wonders, which is certainly a complex and demanding game, but also a very fast paced one.

Party Games

Pour le reste, dans une production foisonnante, où certains éditeurs semblent chasser plusieurs lièvres à la fois, il est difficile de décerner de véritables tendances. Une, peut-être - le retour des "party games", des jeux un peu idiots, d'ambiance, d'adresse, de baratin ou de communication, représentés dans ma liste par The Big Idea, Photo Party et Who would win.
Ça, c'est dûr pour moi - ce sont des jeux que j'adore mais, de toute évidence, que je ne sais pas vraiment faire, ayant sans doute l'esprit trop cartésien.

Party games

It's difficult to isolate clear trends in such an abounding production, and some publishers are even trying to explore very different directions. Party games are clearly in fashion - zany and goofy games of talk, communication, dexterity, rapidity. In my nominated list, The Big Idea, Photo Party and Who Would Win all belong to this category.
Not necessarily good news for me - I love these games but I've never been able to design a good one, may be because I'm too cartesian.

 

 

Le vainqueur
The winner

 

La boite est hideuse, mais le jeu est fabuleux
Ugly box cover, but outstanding game

Il fallait pourtant choisir un de ces jeux. Il y a quelques jours encore, il me restait quatre finalistes, Alien Frontiers, Ascending Empires, The Big Idea et Lemming Mafia.

Après en avoir refait une partie avant hier, qui n’a absolument pas ressemblé aux précédentes et a donc confirmé l’équilibre et la variété des stratégies possibles, je me suis finalement décidé à primer Ascending Empires, même si, bon, le jeu serait encore meilleur avec un plateau parfaitement lisse de 71 x 71 cm, plateau que je vais d’ailleurs me faire fabriquer un de ces jours. Un peu comme l’an dernier, donc, j’essaie aussi d’utiliser mon prix pour mettre en avant un jeu qui, pour des raisons mystérieuses, est jusqu’ici passé relativement inaperçu.

Et non, pas de prix spéciaux du gros ou du peti jeu cette année… il aurait fallu un prix pour chaque jeu.

I had to choose one of these games. A few days ago, I still had four serious finalist contenders, Alien Frontiers, Ascending Empires, The Big Idea and Lemming Mafia.

After having played one more game a few days ago, I’ve finally chosen Ascending Empires, even if the game would certainly be even better with a smooth and flat 71 x 71cm board. I’ll make one for me one of these days. This also means that, like last year, I try to use my own personal award to push a game which undeservedly went largely under radar..

No special award this year for light, party or heavy game - every game would have got one.  

 

Mes jeux
My games

Comme je l’ai écrit plus haut, j’ai consacré cette année moins de temps et d’énergie intellectuelle à la création ludique. Les quelques projets que j’ai entamés ou menés à leur terme sont soit des collaborations, soit des jeux très simples et d’ambition modeste. Si mes parutions ont été encore assez nombreuses sur cette période, et devraient encore l’être jusqu’à la fin de l’année 2011, c’est parce qu’il y a un décalage, le plus souvent d’un ou deux ans, entre la conception d’un jeu et le moment où il arrive éventuellement dans les boutiques. L’an prochain, en revanche, je devrais laisser la place aux jeunes.

Une année, donc, assez fournie en parutions, avec cinq nouveautés en collaboration.

As I wrote before, I devoted less time, less thought and less energy to game design this year. The few projects I’ve been involved in these last months were either very simple and unassuming designs, either collaborative works. I’ve had several new games on the market, and will have some more in the next six months, because there is always a long gap between the time a game is designed and the time it is finally published. Next year, however, I’ll have few or no new offerings.

I had five new games published this year, all of them collaborations with other well-known designers.

Agent Double, ma première collaboration avec Ludovic Maublanc était annoncée depuis trois ou quatre ans déjà, et afini par arriver. Présenté dans la très jolie gamme Duo de Matagot, avec ses boites toutes en dorures au format livre, ce petit jeu de bluff très amusant semble être très bien accueilli.

Isla Dorada est sans doute, de toutes mes créations, le jeu dont je suis le plus satisfait. Si je n’en étais pas l’auteur, j’en aurais peut-être fait mon jeu de l’année. C'est un bon gros jeu de facture assez classique, à l'européenne mais très interactif, plein d'embrouilles et de rebondissements, avec un thème amusant et des illustrations splendides.

Conçu avec Tom et Yako, les auteurs de Jungle Speed, Bugs & Co est un petit jeu de rapidité, et de mémoire, avec des bestioles qui, comme les cartes du Jungle Speed, se ressemblent sans être tout à fait identiques. Ce jeu sans grande prétention, semble destiné à connaître un grand succès.

Emoticon est un petit jeu de cartes assez chaotique et très amusant conçu avec Gwenaël Bouquin, qui fonctionne bien mieux avec des joueurs assez nombreux, 5 à 8 . Le thème et le parti graphique choisis par l'éditeur nous ont fortement surpris, mais il est difficile de savoir si le jeu aurait mieux marché s'il sétait appelé une Vie de roi.

Ostriches enfin, avec Bruno Cathala, est un petit jeu tout simple de mémoire et de stratégie, pour deux joueurs, dont la publication est assez confidentielle.

À côté de ces vraies nouveautés, il y a aussi deux rééditions un peu particulières. Piraci, disponible pour l’instant uniquement en polonais, n’est autre que La Fièvre de l’Or, dont l’action quitte l’ouest sauvage pour les Caraïbes. Terra connaît aussi une nouvelle édition, avec des règles en anglais et en chinois, mais disponible pour l’instant uniquement en Chine.

Double Agent, my first co-design with Ludovic Maublanc was announced for years, and it finally arrived when we were not really expecting it any more. This light bluffing card game, very well produced and presented in a nice book-like brown box, seems to be very well received.

Isla Dorada is my favorite among my own game designs. If I were not its author, it could have been my game of the year! It's a classical eurogame, but nasty, interactive, full of surprises, and with a fun theme and gorgeous graphics.

Designed with Tom and Yako, the authors of Jungle Speed, Bugs & Co is a very light and fast paced game of observation and memory. Like the Jungle Speed cards, the bugs in Bugs and Co are sometimes very similar, which makes catching trios of identical ones harder than it sounds. This fun and unprestentious game could well become a hit.

Smiley Face is a light and chaotic card game, and plays better with many players, from 5 to 8. Gwenaël and I were really surprised by the setting and the graphic style chosen by the publisher, but we cannot know if theis game would have fared better as It's Good to be the King.

Ostriches, designed with Bruno Cathala, is a very light and simple two players strategy and memory game, published by a small print on demand publisher.

I’ve also had two surprising remakes of older games. Piraci, available only in Polish so far, is a rethemed version of Boomtown. There’s also a new edition of Terra, with rules in both English and Chinese, but available only in China.

À paraître

Pour la suite, j’ai encore deux nouveautés – Le Temple Perdu et le Roi des Nains – et une réédition – l’Or des Dragons – prévues dans les mois qui viennent. C’est ensuite que les effets de mon retrait de la création cette année devraient commencer à se faire sentir, et 2012 devrait être une année blanche, sans nouveau jeu de Bruno Faidutti. Vu le nombre de jeunes auteurs talentueux qui arrivent, mon absence sera sans doute à peine remarquée.

Coming soon

In the next few months, I ought to have two more new games published, The Lost Temple and the Dwarf King, and a new edition of Dragons’ Gold. Then, my one year break in game design will probably result in a one year break in new games published, and I have nothing in the pipe for 2012. Since there are now many talented game authors, I bet my absence won’t be really noticed.

 

Discutez en sur le forum
Discuss it in the forum


 
Ce site est entièrement bilingue français / mauvais anglais
This site is fully bilingual french / broken english
Ce site a été développé par :
This site has been developed by :
Steve Vallée
.