La période de Noël est passée,
et avec elle la moitié des ventes annuelles de jeux de société.
D’ici quelques semaines, je recevrai mes droits d’auteur,
sans doute un peu supérieurs à ceux de l’an dernier.
J’ai sorti pas mal de nouveaux jeux ces derniers temps, dont au
moins un, le Roi des Nains, semble rencontrer un certain succès.
Le jeu de société est en outre, plus encore que le jeu
video, une activité contra-cyclique. Les ventes augmentent, au
moins à court terme, quand le reste de l’économie
va mal, et inversement.
Il y a à cela des explications simples, comme
le fait que les jeux sont des cadeaux relativement bon marché,
qui peuvent être
fait globalement à toute une famille ou une fratrie. Il y en a
de plus subtiles. Le jeu de société est une activité collective
et rassurante, qui permet de réunir les générations
quand le système économique et culturel s’ingénie à les
opposer. Il permet de se fixer pour quelques minutes ou quelques heures
des objectifs étrangers à une réalité à laquelle
on ne comprend plus grand chose et dans laquelle les buts que l’on
s’était fixés sont souvent mal barrés. Il
permet aussi de se réunir à quelques uns autour d’une
table sans causer de politique ni abuser de l’alcool. Bref, dans
un monde de plus en plus angoissant et donc épuisant, il repose.
Le jeu ne change pourtant rien au réel ; il le met entre
parenthèses
mais ne le fait pas oublier. C’est un bon calmant, pas un antidépresseur
- comme la fête.
Janvier 2012 |
Christmas time is over, and with
it more or less half of the yearly boardgame sales. Within
a few weeks, I’ll receive
my royalties, probably a bit more than last year. I’ve
published a few new games these last months, and at least one,
The Dwarf King, seems to sell really well. Furthermore, boardgame
sales are, even more than videogames ones, anticyclic. They get
better, at least in the short run, when the economy get worse,
and vice versa.
There are simple explanations.
Games are cheap gifts. They can be given to a whole family,
or at least a few brothers and sisters. There are more subtle
ones. Board and card games are a social reassuring activity
because they bring the generations together when the whole
economic and cultural fabric seems to drive them apart. For
a few minutes or a few hours, it gives everybody virtual goals,
indifferent to a real world we are at a loss to understand
and in which our personal goals are often badly compromised.
It’s also a nice way
to spend a few hours with friends, sitting around a table without
talking politics or drinking too much alcohol. In a world that
feels more anguishing and tiring than ever, it gives some respite,
some rest. But it doesn’t
change anything to the real world – it just puts it on
hold for a while. Like a party, it’s a good tranquillizer,
but not an antidepressant.
January 2012
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