Buzz vs Intuition
Buzz vs Intuition


Le jeu et les femmes
Women and gaming


Plusieurs jeux en un
Several games in one


Je suis censé être un économiste
I'm supposed to be an economist


Après la fête
After the Party


Minimalisme
Minimalism


Occupying
Occupying


Imprévisibilité
Unpredictability


Editorial - Dinosaures
Editorial - Dinosaurs


Sélection pour mon jeu de l'année
Nominated list for my game of the year


Extensions
Expansions


Le Rasoir d'Ockham
Ockham's Razor


Rencontres ludopathiques 2011
2011 Ludopathic Gathering


Fun
Fun


Obsolescence
Obsolescence



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Je suis censé être un économiste...
I'm supposed to be an economist...

 

Pour une fois, je ne vais pas parler de jeux de société. J’ai fait des études d’économie. C’était il y a longtemps, et je n’ai guère fait d’efforts depuis pour me tenir à jour des derniers développements théoriques, trop théoriques sans doute, préférant me consacrer à des sujets plus importants, où qui devraient l’être, comme l’histoire, la littérature et le jeu. Mais, bon, tous mes amis me demandant mon opinion sur le bordel économique ambiant, j’ai fini par réfléchir un peu à la question, et voici, en gros, mon analyse – qui vaut ce qu’elle vaut. Elle n’est ni très originale, ni très enthousiasmante.

Le temps du monde fini annoncé par Paul Valery est finalement bien arrivé. Entre le réchauffement climatique et les pollutions diverses, l’épuisement annoncé ou déjà bien entamé de certaines ressources, et la population terrestre trop nombreuse sinon pour survivre, du moins pour vivre  dans le « confort moderne », notre mode de croissance rencontre ses limites au moment même où il prétendait s’exporter dans le monde entier. La préoccupation écologique nouvelle rejoint les vieilles peurs malthusiennes. Le débat économique reste, lui, artificiellement construit autour de vieux débats. Les libéraux ne jurent que par un marché totalement incapable, quelles que soient les usines à gaz réglementaires que l’on puisse inventer, de prendre en compte les coûts collectifs des activités individuelles. Les keynésiens sont certes plus sympathiques, et j’ai longtemps été l’un d’entre eux, mais ils ne proposent qu’une fuite en avant dans une croissance dont on sait qu’elle est devenue insupportable, et le fait qu’elle se fasse à crédit n’est ici qu’un détail sans grande importance - Keynes lui-même a pourtant écrit que la difficulté était moins d’avoir de nouvelles idées que de se débarrasser des anciennes. D’autres nous proposent la décroissance, la démondialisation, les solidarités locales – mais l’histoire apprend aussi à se méfier du repli sur « la terre qui ne ment pas », et je ne rêve pas d’un nouveau Moyen-Âge sur les ruines de l’empire d’Occident.

Ah, oui, j’oubliais… l’Europe, la dette, tout ça. Dans l’histoire, les crises de dette, fréquentes, ont toujours fini par être dissoutes dans l’inflation. C’est sans doute ce qui va encore se passer ; ce sera douloureux pour les fourmis, un peu moins pour les cigales. La seule dette que l’inflation n’annulera pas, c’est celle envers la nature à laquelle on ne remboursera jamais ce qu’on lui a pris et qui commence à nous manquer.

Nos « élites économiques » ont parfaitement compris le problème, et ne se posent pas beaucoup de questions. Elles ont profité des amphétamines keynésiennes, qui leur permettaient de s’enrichir sans limite en laissant de généreuses miettes à leurs pauvres, ou du moins à ceux du Nord, mais elles savent que la croissance forte ne reviendra pas, ou dans un dernier spasme suicidaire et décadent (ce qui, au moins, aurait de la gueule). Elles sont les premières à avoir intégré les nouvelles limites, mais espèrent s’en tirer à bon compte en faisant peser les restrictions sur les autres. Elles sont les premières à avoir compris que si la croissance n’était plus à l’ordre du jour, les seules questions qui restaient étaient celles du partage de ce qu’il reste, partage qu’elles comptent bien faire elles-mêmes. Leur seul programme est, sans le dire, le retour d’une lutte des classes qu’elles espèrent gagner à peu de frais, par les mots si possible, par la force s’il le faut. Déjà, en Europe comme aux États-Unis, le chômage de masse redevient, comme au bon vieux temps d’avant la sécurité sociale, un moyen de faire pression sur les salaires.

Alors, que faire ? Si un avenir commun est possible, il devra être fait de deux idées que l’on a guère l’habitude d’associer, la modestie et le progrès technique. Un progrès qui doit nous permettre non pas de produire plus, mais de produire et voyager peut-être un peu moins, mais sans épuiser la planète, et de retrouver le temps de lire, de jouer, d’apprendre, de se retrouver – de retrouver ce qui aurait dû rester l’essentiel, la vie, les relations humaines, non le travail et la consommation. La décroissance ? Sans doute, mais modérée, moderne et démocratique, pas réactionnaire. Ça fait un peu amour, eau fraîche, petites fleurs et petits oiseaux, mais avec internet ? Ce n’est pas très original ? Je sais, mais je n’ai rien de mieux ou de plus réaliste à proposer.

Janvier 2012

For once, I won’t talk about boardgames. I’ve studied economics. It was long ago, and since this time, I didn’t really care about keeping updated with the last theoretical – and probably too theoretical - developments. I’ve spent more time these last years on matters more important, or which should be more important, such as History, Literature and Gaming. Anyway, since many of my friends now ask me what I think of the great economic mish-mash around, here’s my rough and unassuming analysis. It’s neither really original, nor very optimistic.

For decades, we have been told that we were entering the era of the limited world. We are now definitely in. There’s global warming and all sorts of pollution; there’s the forecasted, or already started, depletion of critical natural resources; there’s an overpopulated earth where everyone can more or less survive, but where everyone can’t live on “modern standards”. Our way of life is becoming unbearable at the exact moment when it’s becoming copied in the whole world. While the ecological concerns brings back the old Malthusian fears, the economic debate is still structured by old ways and largely obsolete systems. Free-marketeers refuse to see that the invisible hand doesn’t work in a finished world, and that even with convoluted cap and trade systems, the market cannot deal with the collective negative externalities of  individual actions. Keynesians sound nicer and even sympathetic – that’s’ why I’ve long been one - but there’s no sense in looking for more economic growth when this growth has become unbearable – and the fact that this growth must be bought on credit really isn’t the main point here. Others plead for a planned decrease in economic output, for negative growth, for un-globalization, for local solidarities. History has taught me to be wary of the “back to mother earth” discourse, and I’m not excited at the prospect of a new Middle-Ages on the ruins of the Western Empire.

Ooops ! I almost forgot about the talk of the day, Europe, the debt and all that stuff. Well, history shows that all the debt crisis so far have been dissolved by inflation. This will probably happen again. It will be painful for ants, a bit less so for grasshoppers. The only debt inflation cannot cancel is the one we owe to “mother nature”, and we won’t pay back what we’ve taken so far from her.

The rough truth is that the richest among us have understood the issue and are already dealing with it, trying to safeguard their own interests. They made the best of Keynesian amphetamine economics, becoming much richer while leaving generous crumbs to all, at least to all in the North, but they know that fast growth won’t come back – or only in a last suicidal and decadent gasp (which would at least have some style). They were the first warned of the new limitations, they went first into Malthusianism, and hope to save their stake while imposing all the restrictions on others. They were the first to understand that the good old days are over, that the only thing that matters now is how to share what’s left, while there’s something left, and they want the best part of the sharing-out. Their only program is back to class warfare – and they intend to win the war cheap and fast, with soothing words if possible, with water cannons when necessary, with guns if need be. In Europe, like in the USA, mass unemployment is becoming again the best way to put wages down – like in the good old days before the welfare state.

So what ? If we still have a collective future, it needs bring together two trends which usually don’t seduce the same people – modesty and technology. Technology, not to produce more unnecessary stuff, but to produce cleanly and efficiently, and may be a bit less, to travel lighter, and may be a bit less, and to win back the time to read, to play, to learn, to meet – to live important and human things, not just work and spend. Not very original ?  Feels a bit like peace and love, fresh water, little birds and cute flowers, but with the internet ? Yes, I know, but doesn’t it sound cool ? And, anyway, I’ve nothing better or more realistic to suggest at the moment.

January 2012

 


 
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Steve Vallée
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