| Deux des jeux que j’ai essayé la semaine dernière au salon de Cannes, Bombay et Valdora, sont entièrement construits autour du même mécanisme, que les anglophones appellent « pick-up and deliver ». Finca, qui paraît ces jours-ci chez Hans im Glück semble lui aussi exploiter le même mécanisme. On pourrait traduire « Pick-up and Deliver » par « chargement et livraison », mais je propose de baptiser en français « jeux de chauffeur-livreur », ne serait-ce que pour les distinguer élégamment des « jeux de représentant de commerce ».
Ces derniers, dont le plus connu est Elfenland, sont basés sur le problème mathématique du représentant de commerce, qui cherche trouver le plus court trajet permettant de relier un certain nombre de points. Sans doute peut aussi classer là des jeux de réseau comme Les Aventuriers du Rail. Si chacun sait que la ligne droite est le plus court chemin entre deux points, chacun devine aussi tout devient bien plus complexe avec une vingtaine de points.
J’ignore si les mathématiciens connaissent un problème du chauffeur-livreur, qu’ils appellent peut-être problème du coursier. Si tel est le cas, il ajouterait à la nécessité de visiter un certain nombre de points l’obligation de le faire dans un ordre précis, le livreur devant tout d’abord charger les colis avant d’aller les livrer.
Les jeux de chauffeur-livreur ne sont en rien une nouveauté. Des jeux américains des années quatre-vingt, comme Merchant of Venus (auquel Serge Laget joue encore régulièrement) ou beaucoup de jeux de trains, comme les Empire Builder, exploitent largement ce principe. Plus récemment, des jeux à l’allemande comme Himalaya (un de mes jeux préférés) ou Die Händler (auquel je n’ai pas joué mais dont Adrien ne cesse de me dire du bien) l’ont aussi largement exploité. J’en ai aussi eu dans mes cartons, que je devrais peut-être retravailler si le système devient à la mode.
Depuis plusieurs années, on avait beaucoup tendance dans les jeux à établir des majorités, ou à bâtir cités et châteaux. Si les joueurs s’en lassent, auteurs et éditeurs doivent trouver autre chose – et ce ne peut être seulement les jeux de coopération, qui restent un genre à part. On a vu au dernier salon d’Essen d’assez nombreux jeux de parcours, au premier rang desquels les excellents Snow Tails et Rivière d’Enfer, comme si le jeu à l’allemande cherchait à retrouver ses sources, Le Lièvre et la Tortue, Ave Cesar, Jockey. L’étape suivante pourrait bien être le retour de ces jeux de parcours plus sophistiqués que sont les jeux de représentant de commerce et, surtout, de chauffeur livreur. Je m’en réjouis, car c’est un genre que j’apprécie énormément, et aussi bien Bombay que Valdora vont entrer sous peu dans ma ludothèque et dans la ludothèque idéale. Je reste pourtant un peu dubitatif, car j’ai du mal à imaginer que l’on fasse mieux qu’Elfenland et Les Aventuriers du Rail dans la catégorie représentant de commerce, et mieux qu’Himalaya dans la catégorie chauffeur-livreur.
(Février 2009)
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Two of the new games I played last week at the Cannes game fair, Bombay and Valdora, are entirely based on the same basic game mechanism, often called “pick-up and deliver”. I’ve been told that Finca, soon to be released by Hans im Glück, also relies on the same kind of game engine.
Elfenland is sometimes called “the salesman game” because it’s based on a mathematical problem called as the “salesman problem”, or how to join a certain number of points in the shortest way. Of course, everybody knows that the straight line is the shortest way from one point to another, but it becomes much more complex with twenty points or so. Some train games, and especially Ticket to Ride, are also, in a way, salesman games.
I don’t know if there is a mathematical “delivery man” problem, but if there is, it ought to add one more condition to the salesman problem, the necessity to visit some points in a given order, since you have to pick-up stuff before delivering it. So, if Elfenland is a salesman game, there are also delivery-man games.
“Pick-up and deliver” games are nothing new. Old American games such as Merchant of Venus (Serge Laget still plays this one regularly), or some train games like the Empire Builder series, have pick-up and delivery system at their heart. Recent german-style games such as Himalaya (a personal favorite) or Die Händler (Adrien’s favorite, but I’ve still to play it) also feature merchants buying stuff where it’s cheap and carrying it to sell it where it’s more expensive. I also have one or two old prototypes of this kind, and may be I should unearth them.
These last years, since German players became bored of auctions, there was a clear trend for majority games, or for city/castle/pyramid/whatever building games. If players are becoming bored again, designers and publishers must find something else, and it cannot be only cooperative game, which are something very specific. At the last Essen fair, there were some very good and very classic-looking race games, like Snow Tails and Fast Flowing Forest Fellers, as if german-style game designers wanted to go back to their roots, to hare and Tortoise, Ave Caesar, Jockey. The next step could be the return of salesman and delivery-man games. I’m glad of it, because it’s a genre I really like, and I’m eager to add Bombay and Valdora to my game library, and to the ideal game library. I’m also a bit skeptical, because it will be hard to make something better like Elfenland and Ticket to Ride in the salesman category, and something better than Himalaya in the delivery-man category.
(February 2009)
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