| Ma première rencontre avec Quarto remonte à la fin des années soixante-dix, lors d'un salon du jeu qui se tenait alors à Villepinte. Mon éditeur de l'époque avait une maquette constituée de pièces de fontes noires et blanches, de hauteurs et de formes différentes. Cette variante simple, astucieuse et novatrice du morpion m'a enthousiasmée, et j'ai dû consacrer une bonne partie du salon à tenter de convaincre divers éditeurs de le publier. En vain.
Le temps a passé. Dix ans plus tard, Quarto, relookée en bois verni, trouvait enfin un éditeur, les sympathiques frères Gires, et faisait dans les boutiques une entrée remarquée, au point de devenir rapidement le plus grand succès en matière de jeux abstraits depuis Abalone. J'avais donc eu raison, mais dix ans trop tôt: Quarto est une perle.
La mécanique s'inspire clairement du morpion, puisque pour gagner un joueur doit aligner quatre pions ayant une caractéristique (noir ou blanc, rond ou carré, plein ou creux, petit ou grand) commune. Mais deux idées géniales font de Quarto un jeu profondément original. Tout d'abord, tous les pions appartiennent aux deux adversaires et peuvent donc, quel que soit le joueur qui les a posés, être utilisés par les deux. Ensuite, la pièce qu'un joueur doit jouer est désignée par son adversaire, le joueur ayant seulement le choix de l'emplacement.
Voila. C'est tout, c'est simple, rapide. C'est un jeu de stratégie aisé à expliquer, vite maîtrisé, mais néanmoins plein de finesse. Seul petit défaut du jeu, les parties nulles sont fréquentes entre joueurs expérimentés, et obligent à utiliser quelques règles optionnelles. On me permettra aussi de trouver un peu vulgaire l'esthétique des pièces en bois. Je préférais la maquette en fonte. |
I first played Quarto in the late seventies, at a parisian game fair. My publisher had been given a prototype made of strange black and white cast-iron pieces, in various heights and shapes. I tested it, and found this clever and refreshing five-in-a-row variant very enjoyable. I must have spent all the time left on the fair trying to convince various publishers to take this game. Vainly.
Time passed. Ten years later, Quarto found, at last, a publisher, the brothers Gires. Relooked, with wooden pices, it soon became a hit, probably the best sale in abstract strategy games since Abalone. I had been right ten years too soon: this game was great.
The game system clearly derives from five in a row, since the winner is the first player to achieve a row of four pieces with one common characteristic (black or white, square or round, small or big, plain or hollowed). The great originality in Quarto is in two clever twists. First, all pieces belong to both players, and can be played and used by both. Second, the piece that a player must play is chosen by his opponent, the player deciding only where he plays it.
That's all. It's simple, it's fast. It's a true deep strategy game, easy to explain but not so easy to master, that doesn't drag for hours. Some may deplore that the game ends too often in a draw, but there are some optional rules to prevent it. The only real problem is the rather vulgar look of the varnished wooden pieces. The iron-cast prototype was much nicer...
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