| Bon pied, bon œil, à bientôt 80 ans, Alex Randolph, le doyen des auteurs de jeux de société, nous réserve encore quelques bonnes surprises.
Big Shot est un curieux mélange de jeu de placement de pions, à la manière d'El Grande, et de jeu d'enchères, à la manière de Ra. Le plateau de jeu se compose d'un certain nombre de quartiers, chaque quartier rapportant en fin de partie un certain nombre de points au joueur qui le contrôle. Au début de la partie, on constitue aléatoirement des "lots" de 4 pions appartenant aux différents joueurs. On peut ainsi avoir un lot avec un pion de chaque couleur, un autre avec deux jaunes, un rouge et un noir, un autre avec trois noirs et un blanc, et caetera. Ces lots sont ensuite mis aux enchères, l'un après l'autre, dans un ordre aléatoire. L'acheteur d'un lot en répartit les pions comme il le souhaite sur les différents quartiers. Dès qu'il y a sept pions dans un quartier, le joueur qui y possède le plus grand nombre de pions en prend le contrôle. Tout cela serait sans grand intérêt sans l'une des vieilles astuces d'Alex Randolph: les premiers ex-aequos s'annulent, ce qui peut parfois permettre de prendre le contrôle d'un quartier avec un seul pion.
Exemple: il y a dans un quartier trois pions rouges et deux pions jaunes. Vous êtes noir, et achetez un lot de quatre pions, deux noirs, un rouge et un jaune. Si vous placez dans le quartier un noir et un jaune, il est à vous, les trois trois rouges et les trois jaunes s'annulant!
Les ressources financières de chacun étant très limitées, on peut toujours emprunter à la banque... mais plus le jeu avance, plus les taux d'intérêt deviennent dissuasifs!
Bien sûr, l'ordre dans lequel les lots sont vendus n'étant pas connu à l'avance, il est impossible de construire une véritable stratégie. En revanche, la difficile gestion des ressources et le système un peu pervers de prise de contrôle des quartiers permettent des choix tactiques cornéliens, dans un jeu où il faut savoir être sans pitié et ne jamais laisser passer les bonnes occasions.
À trois joueurs, l'une des couleurs de pion est neutre. Non seulement ce n'est pas, comme on pourrait le craindre au premier abord, un mauvais bricolage des règles, mais cela donne même au jeu une dimension tactique supplémentaire, les pions neutres pouvant parfois s'avérer fort utiles.
Big Shot est passé inaperçu à sa sortie, et c'est bien dommage, car ce mélange astucieux d'enchères et de majorité aurait mérité de devenir un grand classique du jeu familial.
Une dernière remarque: je vous conseille d'utiliser, dès votre première partie, les règles optionnelles figurant à la fin des règles: argent caché, et interdiction d'emprunter pendant une enchère - on ne se recave pas pendant un coup. |
Alex Randolph is almost 80, but Big Shot shows that he is still one of the most creative game authors.
Big Shot looks, at first glance, like a strange mix of a "wooden cubes in region" game, à la El Grande, and of a bidding game, like Ra. The board is made of about 15 districts, each district with a specific value - the amount of money it will yield to its controller at the end of the game. Before the game starts, all wooden cubes in the player colours are randomly distributed in 18 sets of 4 pawns each. You can have a set with one cube of each colour, a set with deux yellow cubes, one red and one white, a set with three black cubes and one red, and so on. These sets are then auctionned, one after another, in a random order. The highest bidder for a set takes the four pawns and places them, as he wishes, on one or more districts on the board. As soon as there are seven cubes on a district, this district is "sold" to the player with most pawns on it... It could have been dull and straightforward, but there's a trick: tied players in a district are eliminated, and sometimes you can get control of a district with only one cube! This is an old favourite system of Alex Randolph, the Raj system.
Exemple: there are three red and two yellow cubes in a district. You play black. You buy a set of two black, one red and one yellow cubes. If you place the yellow cube and a black one in the district, you take control of it, since the three red and the yellow are cancelled!
One more trick: players start the game with very little money. Of course, you can borrow from the bank, but every time you borrow, the interest rate increases...
Of course, since nobody knows in what order the sets will be auctionned, you cannot build a long term strategy in this game. On the other hand, the money management and the tricky control rule makes for very interesting tactical choices, and lots of opportunities for backstabbing.
With three players, one of the fours colours is neutral. It could have been a weak rush job, but it isn't. It even brings a new dimension into the game, since the use of the neutral pawns can be rather tricky.
Big Shot has gone largely unnoticed, and didn't stay in the Ravensburger line. it's a shame, since this clever mix deserved to become a classic family game.
One last remark: the two optional rules at the end of the rules booklet must be used at once. Hidden money, and no loan from the bank during an auction.
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