| Le Boardgamegeek est devenu le site ludique de référence pour les joueurs passionnés du monde entier. Richard Breese, l’auteur de chefs d’œuvre comme Morgenland et Key Harvest, qui doit comme moi passer une partie de ses journées sur le « geek », a donc eu l’idée de faire… le jeu du Boardgamegeek, qui est en fait un jeu sur le thème de l’édition de jeux illustré par des jetons représentant des jeux réellement publiés par six éditeurs appréciés des « geeks », Hans im Glück, Ystary, Queen, Treefrog, Eggert Spiele et, bien sûr, R&D, la petite boite de Richard Breese lui-même, qui a poussé la mise en abyme jusqu’à faire figurer le Boardgamegeek game parmi les jeux représentés. Curieusement, ce jeu ne semble pas avoir bénéficié d’un accueil enthousiaste sur le site éponyme, où les premières critiques sont assez sèches et où sa note moyenne de 6,5 est honorable, mais pas exceptionnelle. On n’est jamais trahi que par les siens.
Cet accueil un peu froid peut s’expliquer. Richard Breese a fait l’erreur de présenter ce jeu de gestion et d’enchères cachées comme « pour 3 à 6 joueurs », alors qu’il n’est véritablement intéressant qu’à 5 ou 6. Tous ceux qui en ont fait une première expérience à 3 ou 4 ont sans doute été déçus. Cela ne fait que confirmer la difficulté qu’il y a à publier un jeu destiné à des joueurs nombreux, tant le format « 2 à 4 » ou « 3 à 5 » joueurs semble devenu incontournable.
Le Boardgamegeek game souffre par ailleurs d’un défaut que je tiens souvent pour rédhibitoire – les joueurs n’y savent pas très bien ce qu’ils sont censés représenter. Plus précisément, ils sont tour à tour les éditeurs et les amateurs de jeux faisant leurs achats dans les boutiques. Si cet artifice me gêne moins ici que dans d’autres jeux, c’est sans doute parce que les deux phases du tour sont très clairement différenciées.
Si l’on accepte de passer sur ces deux défauts, on découvre un jeu de « set collection » et de mises cachées rapide mais très futé. Les mécanismes sont simples, qu’il s’agisse du placement des jeux faces cachés dans les boutiques ou du choix des boutiques où l’on fait ses achats, mais les stratégies à mettre en œuvre ne sont jamais évidentes. Le Boardgamegeek est un de ces jeux où l’on ne sait pas très bien quelle est la part de la stratégie, de la psychologie et du hasard, mais où l’on se prend toujours à imaginer ce qui se serait passé si l’on avait joué autrement.
Le Boardgamegeek game est un excellent jeu, un peu abstrait, assez « kniziesque », mais qui ne mérite d’être joué que si vous êtes au moins cinq autour de la table. Le thème et les private jokes qu’il peut susciter lui donne en outre un sel particulier qui ne devrait pas laisser indifférent les habitués de la ludothèque idéale.
Novembre 2009
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The Boardgamegeek has become the reference website of the small boardgaming world. Richard Breese, the game author who designed masterworks like Aladdin’s Dragons and Key Harvest, and who probably spends, like me, long hours browsing the BGG, has the strange idea of designing… the Boardgamegeek game. The BGG game is, in fact, a game about game publishing illustrated by tokens representing various games of six publishers very popular among the hardcore gamers, Hans im Glück, Ystary, Queen, Treefrog, Eggert Spiele and, of course, R & D, Richard Breese’s own small publishing company. The Boardgamegeek Game is even one of the figured in the Boardgamegeek game. Surprisingly, the game was not that well received on the BGG website, where the first comments are harsh and the average rating, 6.5, not impressive. As a French proverb says, one can be betrayed only by one’s own.
There are some valid reasons for this cold reception. The first is that the game box says “3 to 6 players” when the game really shines only with 5 or 6. All those who played a first game with 3 or 4 were probably underwhelmed and didn’t want to play it again. On the other hand, I know how difficult it can be to sell a game for just “5 or 6 players”. One of my best designs is a game for 6 or 8 players, and it’s looking for a publisher for about twenty years.
The Boardgamegeek game has another obvious problem. The players cannot really identify themselves with in the game, since they are representing sometimes a publisher and sometimes a collector gamer. It is a problem, but this schizophrenia is less an issue here than in some other games, mostly because the phase in which you play a publisher and the phase in which you play a gamer are clearly distinct.
If one accepts these two issues, The Boardgamegeek is a very clever set collecting, auction and hidden bidding game. The mechanics are simple, both for sending the games to the shops and for choosing the shops one visits and the games one buys. The choices are simple but never obvious. The BGG game is one of these games in which one never knows if the victory depends on strategy, luck or psychology, and one always tries to guess what could have happened if one had played differently.
The Boardgamegeek game is great middleweight game, rather abstract, somewhat “kniziesque”, but needs at least five players to be really challenging. The setting and the private jokes it always generate is probably a plus for the usual readers of my ideal game library.
November 2009
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