| Il y a quelques semaines de cela, je commençai ma critique de Troyes en énumérant les raisons pour lesquelles je n’aurais pas, en principe, dû apprécier un jeu que j’ai finalement trouvé excellent. J’aurais pu faire à peu près les mêmes remarques sur Norenberc, un autre gros jeu de gestion à l’allemande situé dans une ville médiévale. Certes, ce n’est pas un jeu de « placement d’ouvriers », mais c’est un jeu à base d’achat, de revente et d’échanges de marchandises, avec quarante-douze manières de marquer des points de victoire, ce qui n’est guère plus original.
Norenberc n’a pas bénéficié du même buzz massif que Troyes à l’issue du salon d’Essen, mais j’avais quelques autres raisons de m’y intéresser, en l’occurrence un auteur talentueux, Andreas Stedding, dont les créations (Kogge, Hansa Teutonica), bien que toujours assez prise de tête, ne m’ont jamais déçu et un éditeur sympathique, White Goblin, qui devrait bientôt publier deux de mes créations.
Une dizaine de jours après avoir essayé Troyes, j’ai eu de nouveau la chance de réunir quatre « gros » joueurs amateurs de bons gros jeux à l’allemande, et j’ai cette fois sorti Norenberc. Ayant trouvé ce jeu meilleur encore que Troyes, j’en arrive à me dire que je suis peut-être moins lassé des grosses mécaniques à l’allemande que je ne le pensais.
Le thème de Norenberc, avec des guildes d’artisans dans une cité médiévales, est certes des plus convenus, mais les jolis petites bottes, patisseries, incunables et chopes de bière en bois ont plus de gueule que des cubes en bois ou des jetons de carton et lui donnent tout de suite un cachet particulier. Les règles relèvent un peu, comme celles de Troyes, de l’usine à gaz empilant mécanisme sur mécanisme. En jouant, on rentre pourtant très vite dans un système finalement moins complexe qu’il n’en a l’air. Dans Troyes, c’étaient les dés qui amenaient un peu de légèreté et d’inattendu. Ici, ce sont les choix simultanés des guildes dans lesquelles on va effectuer ses actions, guilde des brasseurs, des pâtissiers, des cordonniers, des imprimeurs, des tailleurs ou des chapeliers, qui amènent subtilité et interaction. Les attaques directes sont rares, avec seulement un citadin permettant de voler des marchandises à un rival, mais l’interaction est néanmoins permanente, avec les rivalités pour l’achat des marchandises, pour le contrôle des maîtres de guildes et pour le recrutement des artisans, qui permettent bien des embrouilles. Dommage qu’il n’y ait pas dans la boite de tuiles citadin vierges pour ajouter ses propres créations – les miennes seraient basiques et efficaces, en commençant par un assassin tuant un artisan ou citadin adverse, et un autre tuant un agent adverse.
Je n’ai pas, loin de là, décrit toutes les règles de Norenberc. Comme dans Troyes, il y a plein de mécanismes qui s’emboîtent les uns dans les autres, mais l’ensemble reste étonnamment fluide, rapide, et souvent méchant. Bref, un jeu beaucoup plus original et interactif qu’il n’en a l’air, et peut-être mon gros jeu de gestion à l’allemande préféré.
Décembre 2010
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A few weeks ago, I started my review of Troyes with a list of several reasons why I shouldn’t have liked this game, before explaining why, in the end, I realy liked it. I could start this review of Norenberc with almost the same reasons – one more heavy euro-style management game in a medieval city. Norenberc is not a worker placement game, but it’s a buy, trade and sell goods game with about forty-twelve ways to score victory points, which doesn’t sound much more original.
Norenberc didn’t get the same massive buzz as Troyes after the Essen fair, but I had other reasons to be interested in it. Andreas Stedding is a talented game designer whose brain burning designs, such as Kogge and Hansa Teutonica, I’ve always found intriguing and challenging. White Goblin is a new, nice and ambitious publisher and is about to publish two of my own creations.
So, a dozens days after playing Troyes, I managed again to gather a team of heavy gamers and we played Norenberc. I found it even better than Troyes, so may be I’m not as fed up with heavy management games as I thought – or these two are really outstanding.
Norenberc features merchants and workers guilds in a medieval city, a bland and unexciting theme, even when the nice wooden boots, cakes, books and beer bocks look nicer than the standard wooden cubes or cardboard counters. The rules, like the rules of Troyes, sound convoluted, with several game systems embedded one in the other, but the game plays rather lightly. In Troyes, the tactics and the fun came from the dice; in Norenberc, the subtleness and interaction comes from the simultaneous choice of the few guilds in which one will be active this round – guilds of brewers, bakers, printers, tailors, shoe and hat makers. There is little direct aggression in the game, and only one townsman allows one to steal goods from another player, but indirect interaction is everywhere, and often nasty, when players vie for buying goods, for securing the favor of guildmasters or for recruiting townsmen and workers. It’s a shame there are no blank townsmen tiles in the game, since it would be quite easy to design a few extra ones. I’d start with some basic and nasty ones, an assassin used to kill an opponent’s townsman, and a murderer to kill an opponent's worker.
I’ve not described the whole gameplay of Norenberc. Like with Troyes, there are several systems interwoven one with the other, several ways to score, several paths to victory. The game can last long, but it doesn’t feel long since players are always involved in what’s happening. Norenberc is much more original and interactive than it looks and might well be my favorite heavy management eurogame, a genre which is usually not my cup of tea.
December 2010
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