En 2004, on a beaucoup parlé
des deux petits robots que la Nasa avait envoyés sur
Mars. On les a un peu oubliés depuis mais ils y sont
encore, et continuent à nous envoyer des images, comme
on peut le voir sur le site de la Nasa.
Après des années durant lesquelles la science
n'était qu'un objet de peur, et l'exploration spatiale
semblait un luxe coupable, Mars semblait être redevenu
à la mode. Il n'en a pas fallu plus à Bruno Cathala
et moi-même pour avoir envie de faire un jeu sur l'exploration
de Mars, voire sa future colonisation. Serge Laget et Thierry
Gislette ont fait de même. L'idée était
dans l'air, et j'imagine que bien d'autres auteurs l'ont saisie,
et que d'autres jeux sur le sujet ne tarderons pas à
faire leur apparition.
Nous envisageâmes un temps l'idée
d'un jeu de collaboration sur le thème de la terraformation
de Mars, avant de nous replier sur l'idée plus classique
d'une rivalité entre compagnies désireuses de
s'approprier les précieuses ressources de la planète.
Aucun d'entre nous n'ayant encore commis de jeu de majorité,
pourtant un classique presque obligé du jeu allemand,
cela nous semblait en effet une bonne occasion. Nous décidâmes
rapidement que le jeu comprendrait deux systèmes distincts,
et que la rivalité entre les joueurs s'exercerait donc
à la fois dans la constitution des expéditions
en partance pour Mars, et sur la planète elle même.
Il a fallu des mois, et d'innombrables remises
à plat de l'ensemble des systèmes, avant de parvenir
à la version 7.7, celle pour laquelle nous avons signé
chez Asmodée.
Si le tout premier plateau était déjà rond
et rouge, il était couvert de petits hexagones, et la
colonisation s'y faisait sous la forme de rangées de
pions encerclant peu à peu des zones, un peu comme au
Go. Il y eut ensuite plusieurs versions à deux plateaux,
un grand rouge pour Mars et un petit pour la Lune, moins riche
en ressources minières mais plus rapide à atteindre
et pouvant servir de base intermédiaire. À bord
des navettes, on a longtemps placé des cartes personnages
faces cachées, mais le résultat était totalement
chaotique. La version 6, celle que nous présentâmes
à Essen 2004 ou elle suscita un certain intérêt,
était déjà très proche du jeu publié,
mais il n'y avait qu'un set de cartes personnages, qui étaient
choisies tour à tour par les joueurs comme à Citadelles.
C'est cette version qui convainquit l'équipe d'Asmodée,
mais nous optâmes ensuite pour un autre système
de personnage qui nous semblait mieux coller au jeu et ne donnait
pas le sentiment de jouer à Citadelles.
In 2004, there
was much talk of the two small robot rovers sent on Mars by
the Nasa. They have been forgotten since, but last news was
that they are still wandering over there, as you can see on
the Nasa website.
After years during which science was mostly a cause for anguish,
and space exploration seemed to be a shameful luxury, Mars was
back in fashion. That was enough for Bruno Cathala and I to
start working on a game about Mars exploration, and why kot
Mars colonization. Serge Laget and Thierry Gislette started
another Mars game and, since the idea was in the air, some other
authors probably seized it. I bet there will be a few other
Mars games in the next monthes.
We first considered a collaboration
game about the terraformation of Mars, but soon opted for a
more classical game about mining companies vying for the precious
minerals to be found on the red planet. None of us had ever
designed a majority game, which is a classic of german style
game design, and it seemed a good oportunity. We opted for two
different game systems, one for recruiting astronauts and sending
rockets to Mars, and one, the majority game, involving the astronauts
already on the planet.
After monthes and monthes of
testing different versions of the game, after starting it all
over again a few times, we ended with version 7.7 - the one
that will be published by Asmodée.
The first board was already red and circular, but it had a small
hex grid on it, and colonization was made by circling zones
with one's pawns, Go like. Then there had been a few versions
with two boards, a large red one for Mars and a small white
one for the moon, which has less mineral ressources but is easier
to reach and can be used as a step on the way to Mars. There
has been a few versions in which character cards were placed
face down on the shuttles, but the result was far too chaotic.
At the 2004 Essen fair, many publishers showed some interest
in our version 6, which was already very similar with the actual
game, but had only one character deck, in which cards were chosen
like in Citadels. Asmodée was convinced by this version
of the game, and we later changed the character drafting system
for something that fitted better and felt less like Citadels.
Puisque nous partions du thème,
et voulions être réalistes, je décidais
de me documenter un peu. Je commençais par quelques visites
sur les sites web, fort nombreux, consacrés à
la planète rouge et à divers projets de colonisation
plus ou moins farfelus. Alors que je n'avais plus guère
lu de science fiction depuis bien longtemps, je me procurais
aussi deux séries qui étaient souvent citées
comme des classiques de la "littérature martienne"
- Red Mars, Blue Mars et Green Mars de Kim Stanley Robinson,
et Mars et Return to Mars de Ben Bova.
La volumineuse saga de Kim Stanley Robinson
est généralement louée pour son réalisme,
pour le sérieux de son arrière plan scientifique.
Étant assez ignare en ce domaine, je ne suis pas vrament
capable d'en juger, mais la lecture donne en effet l'impression
que l'auteur s'est bien documenté sur les aspects techniques
de son sujet. C'est malheureusement tout ce que l'on peut trouver
au crédit de ces pavés lourds, ennuyeux et d'une
incroyable prétention. S'il n'y avait que les aspects
techniques, cela passerait encore, mais ils sont mis au service
d'une espèce de socio-politique de bazar, un salmigondis
de théories mal digérées, une sorte d'écolo-marxisme
qui finit dans un délire messianique, et est asséné
tout au long des trois tomes avec un imperturbable sérieux.
Les deux tomes de Ben Bova sont moins prétentieux,
ce qui les rend déjà plus sympathiques, mais cet
espèce de Loft Story martien n'apporte pas grand chose
non plus à la littérature. C'est en effet l'archétype
du roman politiquement correct, formaté avec soin pour
les familles américaines. Comme dans une émission
de télé-réalité, le casting est
minutieusement étudié pour représenter
favorablement toutes les minorités, et la psychologie
des participants suffisamment primaire pour qu'aucun lecteur
ne risque de se trouver intimidé. Au crédit de
l'auteur, on notera quand même un style agréable,
un tiers-mondisme sympathique mais qui aurait pu être
plus subtil, et une intrigue habilement menée.
Je me suis forcé à finir ces deux
sagas, mais la littérature de science-fiction "sérieuse"
sur l'exploration ou la colonisation de Mars m'a semblé
bien lourde et didactique. On est très loin aussi bien
de l'humour de Frederic Brown que de la poésie de Ray
Bradbury, mais les ouvrages de ces derniers ne m'auraient sans
doute été d'aucune utilité pour réaliser
ce jeu.
Since we started
with the theme, and wanted to make something realistic, I decided
to look for some serious documentation. I first browsed some
of the many websites devoted to Mars exploration and to some
more or less zany colonization projects. I had not read any
science fiction book for quite long and ordered the two series
that were most often quoted as classics of "martian litterature",
Red Mars, Blue Mars and Green Mars by Kim Stanley Robinson,
and Mars and Return to Mars by Ben Bova.
Kim Robinson's heavy saga is
often praised for its realism, for its serious scientific background.
I'm not competent in this matter, and therefore cannot really
judge it on this, but at least it feels as if the author seriously
studied the technical aspects of the question. That's the only
positive thing in these long, heavy and pretentious books. Unfortunately,
Kim Robinson's technical competence is used as a support for
a social and political hodgepodge, a mish mash of ill-digested
theories, a kind of ecolo-marxism that ends in a delirious messianism,
and is regularly and systematically forced upon the reader with
boring and unruffled seriousness.
Being far less pretentious, the
two tomes of ben Bova make for a more pleasant reading, but
this martian big brother adds little to litterature. It is a
well written politically correct novel, carefully formatted
for US families. Like in a reality show, the casting is designed
to give a positive picture of all minorities, and the psychology
of the characters simple enough to prevent any reader to be
intimidated. The author can however be given credit for his
clear style, for his nice, if not always subtle, third-world
support, and for a well designed plot.
I forced myself to read these
sagas till the end, and my overall impression is that the litterature
about exploring and colonizing Mars is heavy and didactic. All
this was far from the humorous wit of Frederic Brown od the
poetic subtleness of Ray Bradbury, whose books could unfortunately
not be of any help in designing this game.
Le jeu que Bruno et moi avions
imaginé était donc clairement futuriste, et nous
pensions plutôt aux années 2050 qu'aux années
1880. C'est l'équipe d'Asmodée qui a imaginé
de le situer dans le cadre uchronique du Steampunk. Le Steampunk
est un univers décalé, une sorte de science fiction
se déroulant vers la fin du XIXème siècle,
comme si la révolution industrielle avait permis la conquête
spatiale. Je ne connais pas grand chose de la littérature
steampunk, mais l'univers ainsi créé ne semble
pas dénué d'humour. Il est en outre une fantastique
source d'inspiration pour les illustrateurs, comme on le voit
par exemple dans le très beau dessin animé de
Hiyao Miyazaki, Le Château Ambulant - et comme on le voit
aussi dans les illustrations superbes de Mission Planète
Rouge.
In the game Bruno
and I designed, the action was taking place in the near future,
around 2050 and not 1880. The Asmodée team moved it in
the uchronic world of Steampunk. Steampunk is an alternative
universe, a kind of science fiction in a victorian world, as
if the industrial revolution directly led to space exploration.
I know very little of steampunk litterature, but it doesnt seem
to be lacking in wit and humor. It has also been a source of
inspiration for graphic artists, as you can see in the nice
anime movie by Hiyao Miyazaki, "Howl's Moving Castle"
- and of course in the great illustrations of Red Planet Mission.
À la fin des années
quatre-vingt, le Steampunk connut son heure de gloire ludique
avec le jeu de rôles Space 1889, qui rencontra un certain
succès. L'univers de ce jeu était cependant plus
fantastique et décalé que celui du notre, puisque
Mars y était décrite comme on aurait pu l'imaginer
à l'époque victorienne. l'atmosphère y
était respirable, les canaux y étaient de vrais
canaux creusés par de vrais martiens, et les puissances
européennes s'y livraient à de bonnes vieilles
guerres coloniales - même si les indigènes résistaient
mieux qu'ailleurs. C'est dans ce monde étonnant que se
situe l'action de l'unique autre jeu de société
Cyberpunk de ma collection, Sky Galleons of Mars, que je n'ai
toujours pas essayé.
In the late eighties,
Steampunk was popular among gamers, mostly due to the role playing
game Space 1889, which was a minor hit. The Space 1889 Mars
was even more fantastic than our, since it was Mars like victorian
times scientists could have imagined it. The atmosphear was
breathable, martian canals were real canals digged by real martians,
and european powers were fighting there good old colonial wars
- even when the natives resisted a bit more effectively than
they did elsewhere. The only other Steampunk boardgame in my
collection, still unplayed, is Sky Galleons of Mars, and takes
place in this strange universe.
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